Confrontée à une incertitude politique croissante et à une recomposition des alliances régionales, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) tente de redéfinir sa trajectoire. L'organisation a dévoilé à Abuja un « Pacte d'avenir » présenté comme une feuille de route destinée à consolider l'intégration ouest-africaine, dans un environnement marqué par les tensions économiques et le départ annoncé de plusieurs de ses membres sahéliens.
Six piliers pour refonder l'organisation
Le projet a été présenté lors de la première session ordinaire du Parlement de la CEDEAO par le Commissaire chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité. Il s'articule autour de six axes stratégiques : la transformation économique durable, la paix et la gouvernance démocratique, la science et la technologie, l'inclusion sociale, la réforme institutionnelle et le positionnement géopolitique de l'organisation. L'ambition affichée est de rendre la CEDEAO plus agile face aux mutations du continent.
Un objectif commercial ambitieux
Sur le plan économique, la Communauté se fixe un cap chiffré : porter les échanges intra-régionaux à hauteur de 30 % d'ici 2035. Cet objectif reste considérable au regard du niveau actuel du commerce entre les pays membres, longtemps freiné par les barrières non tarifaires, le déficit d'infrastructures et la faible diversification des économies. Les promoteurs du Pacte estiment qu'une intégration plus poussée constitue un levier indispensable pour renforcer la résilience régionale.
Le serpent de mer de la monnaie unique
Parallèlement, le dossier de la monnaie unique ouest-africaine revient sur le devant de la scène. Les gouverneurs des banques centrales de plusieurs pays de la CEDEAO ont relancé ce chantier de longue haleine, avec un horizon évoqué autour de 2027. Régulièrement reporté depuis des années, le projet de l'« Eco » se heurte à des divergences sur les critères de convergence et sur l'architecture institutionnelle à adopter. Sa concrétisation reste donc à confirmer.
La réussite du « Pacte d'avenir » dépendra de la capacité de l'organisation à dépasser les fractures politiques actuelles et à transformer ses engagements en avancées tangibles pour les populations.