Signée en septembre 2023, la Charte du Liptako-Gourma a posé les bases de l'Alliance des États du Sahel, devenue depuis lors la Confédération des États du Sahel (AES). Deux ans et demi plus tard, en ce début de juin 2026, l'heure est au bilan. Ce bilan est à la fois riche en réalisations symboliques et institutionnelles, et marqué par des défis persistants sur les plans sécuritaire et humanitaire.
Des avancées institutionnelles notables
En l'espace de deux années, l'AES a produit une architecture institutionnelle inédite : une présidence tournante fonctionnelle, un traité de confédération, un passeport biométrique commun, une banque d'investissement, un droit de douane commun, un drapeau, un hymne, une chaîne de télévision confédérale et un commandement militaire unifié de 5 000 hommes. Ces réalisations, remarquables pour une organisation naissante, illustrent la volonté politique des trois pays — Mali, Burkina Faso et Niger — de construire rapidement une architecture d'intégration crédible. Le lancement de la première foire économique de l'AES à Ouagadougou et l'opérationnalisation de la Banque confédérale d'investissement sont également des jalons importants.
Des défis sécuritaires et humanitaires persistants
Sur le terrain, la situation reste difficile. L'offensive du Front de libération de l'Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) en avril 2026, au cours de laquelle un général malien a été tué, a mis en lumière les fragilités militaires de l'AES malgré la coopération avec des partenaires russes. Des millions de déplacés internes vivent toujours dans des conditions précaires dans les trois pays, et la crise alimentaire s'aggrave à l'approche de la saison de soudure. Human Rights Watch et d'autres organisations ont par ailleurs signalé des violations des droits humains dans le cadre des opérations militaires menées par les forces des juntes.
Quel avenir pour la Confédération ?
La crédibilité de l'AES à long terme dépendra de sa capacité à transformer ses avancées institutionnelles en améliorations concrètes pour les populations. Les citoyens des trois pays attendent des résultats tangibles : moins d'insécurité, une économie plus stable, un accès aux services de base. Les relations avec la CEDEAO restent tendues mais des canaux de dialogue — notamment via le médiateur Lansana Kouyaté — demeurent ouverts. L'intégration de nouveaux membres potentiels dans la confédération fait également l'objet de discussions informelles.