Depuis la mi-mai 2026, des milliers d'agents recenseurs déployés sur l'ensemble du territoire camerounais ont suspendu leurs activités de collecte. En cause : l'absence totale de paiement de leurs indemnités, frais de transport et per diem, malgré des semaines de travail effectif sur le terrain. Le 4e recensement général de la population, lançé avec ambition, se trouve aujourd'hui dans une impasse institutionnelle.
Un ultimatum resté sans réponse
Le 19 mai 2026, la coordination nationale des agents recenseurs a transmis un mémorandum au Premier ministre, assortissant sa démarche d'un ultimatum de 72 heures. Les agents réclamaient notamment une rémunération mensuelle nette de 150 000 FCFA, la prise en charge de leurs frais de déplacement en zones reculées, ainsi que la publication d'un calendrier ferme de paiement. Faute de réponse du gouvernement dans les délais impartis, la coordination a ordonné l'arrêt collectif des activités de collecte de données.
Les agents soulignent que les paiements étaient confiés aux opérateurs de téléphonie mobile MTN et Orange, mais qu'aucun virement n'a été effectué depuis le lancement de l'opération, sans explication officielle.
Des conséquences potentiellement lourdes
L'Institut national de la statistique (INS) a reconnu publiquement des "difficultés de trésorerie" à l'origine des retards, mais sans avancer de calendrier précis pour résorber les arrérés. La situation est jugée préoccupante par les partenaires techniques et financiers du Cameroun : le FMI, la Banque mondiale et l'Union européenne conditionnent certains décaissements à la production de données statistiques fiables. Selon des sources proches du dossier, des financements pourraient être suspendus dès le troisième trimestre 2026 si le blocage persiste.
L'opération peut-elle être sauvée ?
Des gouverneurs de région, comme celui de l'Ouest qui a mobilisé 3 600 agents début avril, ont tenté de maintenir une dynamique locale. Mais sans apurement rapide de la dette envers les agents, la cohérence et l'exhaustivité des données collectées seront compromises. Des observateurs avertissent qu'un recensement biaisé ou incomplet pourrait affecter durablement les politiques publiques, notamment en matière d'éducation, de santé et de représentation électorale.