La Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) traverse une zone de turbulences inédite. Selon des informations confirmées par plusieurs sources régionales, la Commission de la CEMAC a été contrainte de suspendre provisoirement ses activités au cours du premier semestre 2026, faute de financements suffisants de la part de plusieurs États membres. Cet épisode révèle la profondeur du décrochage économique qui frappe l'Afrique centrale et la fragilité de ses institutions d'intégration.
Une crise financière structurelle
Les six États membres de la CEMAC — Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, République centrafricaine et Guinée équatoriale — ont vu leurs recettes budgétaires s'éroder sous l'effet de la chute prolongée des cours pétroliers et de la montée des déficits publics. Plusieurs d'entre eux accusent des arriérés de contributions au budget communautaire, privant la Commission des ressources nécessaires à son fonctionnement. La rigidité des dépenses publiques nationales, alimentée par des charges croissantes liées aux intérêts de la dette, laisse peu de marges de manœuvre pour honorer les engagements régionaux.
Un signal inquiétant pour l'intégration régionale
La suspension des activités de la Commission, même temporaire, envoie un signal négatif aux partenaires et aux investisseurs. Elle compromet la mise en œuvre des programmes régionaux en cours — notamment dans les domaines des infrastructures, de l'harmonisation fiscale et de la réglementation financière — et fragilise la crédibilité de la zone franc CEMAC. Le FMI et la Banque mondiale, qui suivent de près la situation économique de la région, avaient déjà alerté sur les risques de dérapage budgétaire dans plusieurs États membres.
Vers une refondation du modèle d'intégration ?
Face à cette crise institutionnelle, certains économistes appellent à une réforme en profondeur du mode de financement de la CEMAC, afin de le rendre moins dépendant des contributions discrétionnaires des États et d'explorer de nouvelles sources de ressources propres. Des discussions sont également en cours sur un renforcement de la surveillance multilatérale et sur la conditionnalité de l'accès aux mécanismes de soutien régionaux. La résolution de cette crise nécessite une volonté politique forte de la part des chefs d'État, qui devront se retrouver en sommet extraordinaire dans les prochains mois pour apporter des réponses concrètes.