Le Gabon, qui traverse depuis août 2023 une période de transition politique après le coup d'État qui a mis fin au régime Bongo, s'apprête à accueillir en juin 2026 une mission internationale d'évaluation de ses dispositifs de lutte contre la corruption. Cette démarche, saluée par plusieurs partenaires multilatéraux, intervient dans un contexte où la gouvernance économique s'impose comme un enjeu central pour la crédibilité de la transition gabonaise et pour l'ensemble de la zone CEMAC.
La corruption, un héritage lourd à surmonter
Pendant plusieurs décennies, le Gabon a été cité parmi les pays africains les plus affectés par la corruption institutionnelle, malgré une rente pétrolière significative. Les chantiers de construction non livrés, les marchés publics surfacturés et les flux de capitaux illicites vers des comptes offshore ont considérablement réduit l'impact des revenus pétroliers sur le développement humain. La transition dirigée par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a placé la lutte contre la corruption au cœur de sa feuille de route, avec la création de nouvelles instances de contrôle et l'engagement de poursuites judiciaires contre plusieurs responsables de l'ère précédente.
Une mission d'évaluation attendue par les partenaires
La mission d'évaluation de juin 2026 doit permettre de mesurer les progrès accomplis et d'identifier les lacunes persistantes dans le cadre légal et institutionnel anti-corruption. Les évaluateurs examineront notamment l'indépendance de la justice, les mécanismes de déclaration de patrimoine des agents publics, la transparence dans la gestion des revenus pétroliers et l'efficacité des dispositifs de recouvrement des avoirs mal acquis. Un rapport favorable ouvrirait la voie à un renforcement de la coopération financière avec des bailleurs comme le FMI et la Banque mondiale.
Implications pour la zone CEMAC
Au-delà du cas gabonais, cette démarche a une portée régionale. Dans une zone CEMAC fragilisée par une crise de gouvernance généralisée et une suspension des activités de sa Commission, la volonté du Gabon de se soumettre à une évaluation internationale pourrait constituer un exemple pour les autres États membres. La coopération renforcée entre la Cosumaf — régulateur des marchés financiers de la zone — et la Banque de France sur l'éducation financière témoigne également d'une attention croissante à la réforme des institutions économiques régionales.