Le paysage politique sénégalais traverse une période de turbulences inédite depuis la rupture consommée entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son ancien premier ministre Ousmane Sonko. La révocation de ce dernier par décret présidentiel, intervenue fin mai 2026, marque la fin d'une alliance qui avait pourtant porté les deux hommes au sommet du pouvoir.
Une alliance qui s'est effilochée
Longtemps présentés comme deux figures indissociables du mouvement Pastef, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient construit leur popularité sur un programme souverainiste et réformiste. Leur victoire commune à l'élection présidentielle de mars 2024 avait été saluée comme l'avènement d'une génération nouvelle dans la vie politique sénégalaise.
Mais les premières fissures sont apparues dès l'été 2025. Sonko, connu pour sa personnalité entière et ses prises de position tranchées, avait publiquement critiqué ce qu'il percevait comme un « problème d'autorité » dans la gestion du pays. De son côté, Faye semblait prendre ses distances avec les postures les plus radicales, privilégiant un dialogue plus ouvert avec les partenaires extérieurs.
Un contexte économique difficile
La divergence entre les deux hommes s'est également nourrie d'une conjoncture économique délicate. La dette publique sénégalaise, estimée à plus de 130 % du PIB selon le Fonds monétaire international, a alimenté des désaccords profonds sur les priorités budgétaires et les orientations à donner aux relations avec les créanciers internationaux.
Un successeur encore à désigner
Depuis la révocation de Sonko, le président Faye doit désigner un nouveau premier ministre. La Constitution sénégalaise lui accorde un délai de trois mois pour obtenir la confiance de l'Assemblée nationale. En attendant ce choix décisif, des centaines de militants ont manifesté leur soutien à Ousmane Sonko devant sa résidence à Dakar, rappelant le poids politique que l'ancien premier ministre conserve au sein du parti.
Cette période de transition s'annonce délicate pour un pays qui reste l'un des repères de stabilité démocratique en Afrique de l'Ouest. Les prochaines semaines diront si Faye est en mesure de recomposer une majorité solide et de rassurer aussi bien les populations que les investisseurs.
