La Confédération des États du Sahel avance sur le terrain économique avec autant de détermination que sur le front sécuritaire. L'inauguration, en décembre 2025, de la Banque Confédérale pour l'Investissement et le Développement (BCID-AES) constitue l'un des jalons les plus concrets de cette marche vers l'intégration économique. Dotée d'un capital initial de 500 milliards de francs CFA, cette institution entend financer les projets d'infrastructure et de développement communs entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Une banque confédérale pour financer le développement commun
La BCID-AES répond à un double impératif : réduire la dépendance aux bailleurs de fonds extérieurs et créer un outil financier propre à l'Alliance. Son capital de départ, abondé par les trois États membres, vise à financer des projets transversaux — routes, énergie, agriculture — dans un espace sahélien marqué par un manque criant d'infrastructures. L'institution est appelée à travailler en complémentarité avec d'autres mécanismes régionaux, tout en affirmant une identité souveraine distincte des institutions de Bretton Woods.
La monnaie commune : un cap stratégique, pas une réalité immédiate
Parmi les ambitions affichées de l'AES figure la création d'une monnaie commune, destinée à remplacer le franc CFA dans les échanges entre les trois pays. Cette perspective est présentée par les autorités confédérales comme une orientation stratégique majeure pour la décennie à venir. Cependant, les faits invitent à nuancer l'enthousiasme : en janvier 2026, le ministère malien de l'Économie a formellement démenti les rumeurs de lancement imminent d'une telle monnaie, qualifiant ces informations de prématurées.
Les conditions techniques d'une union monétaire — convergence des économies, harmonisation fiscale, mécanismes de change — restent à construire. L'expérience d'autres espaces régionaux africains montre que le chemin entre la déclaration d'intention et la mise en circulation effective est long et semé d'embûches.
Un signal fort adressé aux partenaires et aux opinions
Quelle que soit la temporalité exacte, la direction prise par l'AES adresse un message clair : les trois États entendent reprendre le contrôle de leur destin économique. Le débat sur le franc CFA, monnaie héritée de la période coloniale et longtemps controversée, s'en trouve réactivé avec une intensité nouvelle. Plusieurs économistes africains soulignent que la question n'est plus de savoir si l'AES se dotera d'un outil monétaire souverain, mais quand et dans quelles conditions.
Dans l'attente de cette échéance, la BCID-AES représente le premier jalon tangible d'une intégration économique que les trois juntes au pouvoir ont érigée en priorité politique.