Le retrait progressif des forces militaires françaises stationnées au Tchad, amorcé depuis la fin de l'opération Barkhane et accéléré par les nouvelles orientations diplomatiques de N'Djamena, constitue l'un des tournants géopolitiques majeurs de l'Afrique centrale en 2026. Le gouvernement du président Mahamat Idriss Déby se retrouve dans l'obligation de recomposer son dispositif sécuritaire, dans un environnement régional marqué par l'instabilité.
Une rupture progressive avec l'ancienne tutelle militaire
La France disposait depuis des décennies d'une présence militaire substantielle au Tchad, notamment à travers la base aérienne de N'Djamena et les dispositifs de coopération des forces spéciales. Le redimensionnement de cette présence, officialisé dans un accord-cadre de transition, s'est accompagné de négociations sur la rétrocession d'équipements et la formation des forces armées tchadiennes. N'Djamena a tenu à affirmer que ce retrait relevait d'une décision souveraine et non d'une rupture diplomatique, maintenant formellement des relations avec Paris sur le plan consulaire et économique.
De nouveaux partenariats à construire
Pour combler le vide laissé par le retrait français, le Tchad explore plusieurs pistes. Des discussions ont été engagées avec la Turquie, dont les drones Bayraktar ont déjà démontré leur efficacité dans d'autres théâtres africains. Des coopérations avec des pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, sont également évoquées. La Chine, partenaire économique de poids au Tchad, n'écarte pas d'approfondir sa coopération sécuritaire. Les États-Unis, pour leur part, maintiennent une coopération antiterroriste distincte. Cette diversification des partenaires reflète une tendance observable dans plusieurs États africains qui cherchent à desserrer les liens historiques avec les anciennes puissances coloniales.
Des défis sécuritaires persistants dans le nord et l'est
Le Tchad reste confronté à des menaces importantes : les groupes armés présents au nord, à la frontière libyenne, les tensions récurrentes dans l'est du pays et la gestion des réfugiés venus du Soudan en guerre. La Force multinationale mixte (FMM), qui regroupe le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Cameroun dans la lutte contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, reste opérationnelle mais sous-financée. La capacité des forces armées tchadiennes à assumer pleinement leur défense nationale sans appui extérieur constant sera testée dans les mois à venir, dans un Sahel profondément recomposé.