L'Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, approche du deuxième anniversaire de sa création formelle en tant que structure confédérale. Née d'une rupture marquée avec la CEDEAO et d'un tournant sécuritaire radical — avec l'expulsion des forces françaises et le renforcement du partenariat avec Wagner/Africa Corps —, la Confédération fait aujourd'hui face à un bilan nuancé, entre affirmations symboliques de souveraineté et défis concrets sur le terrain.
Des avancées institutionnelles et symboliques
Sur le plan institutionnel, l'AES a mis en place plusieurs structures communes : un conseil des chefs d'État, une force militaire unifiée dont le déploiement progresse, et des initiatives économiques telles qu'un projet de banque d'investissement confédérale dotée d'une enveloppe initiale de 500 milliards de francs CFA. Le lancement d'un passeport commun AES est en discussion, et les trois pays ont amorcé une harmonisation de leur politique douanière. Ces avancées sont présentées par les juntes comme la preuve tangible d'une intégration accélérée, nettement plus rapide selon eux que les processus de la CEDEAO.
Des défis sécuritaires et humanitaires persistants
Sur le terrain sécuritaire, les résultats restent mitigés. Malgré les frappes aériennes conjointes — dont une opération confirmée en mai 2026 au Mali — et les déclarations d'offensive, les groupes jihadistes (JNIM, GSIM) maintiennent leur emprise sur de vastes territoires ruraux. La situation humanitaire dans les trois pays reste critique : selon des estimations récentes, plus de 40 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire dans le Sahel central, et les déplacements forcés atteignent des niveaux records. Human Rights Watch a par ailleurs documenté des exactions commises par les forces de sécurité et leurs alliés sur les populations civiles, ternissant l'image des juntes sur la scène internationale.
Un bras de fer régional qui se prolonge
La relation entre l'AES et la CEDEAO reste tendue, en dépit de quelques signaux d'ouverture portés notamment par le Sénégal, qui assure la présidence de la Commission de la CEDEAO depuis 2026. Les trois pays sahéliens maintiennent leur retrait officiel de l'organisation régionale, tout en cherchant à développer des partenariats bilatéraux avec certains de ses membres. La question du retour ou non à un ordre constitutionnel civil, condition posée par la communauté internationale pour une normalisation complète, reste sans réponse précise de la part des autorités de transition à Bamako, Niamey et Ouagadougou.