La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a annoncé qu'elle étudie activement le lancement d'une version numérique du franc CFA en zone CEMAC. Cette initiative, présentée comme une réponse à la montée en puissance des stablecoins et des cryptoactifs sur le continent africain, vise à moderniser les systèmes de paiement tout en préservant la souveraineté monétaire des six États membres : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad.
Un projet porté par des enjeux de souveraineté monétaire
La BEAC s'inscrit dans une tendance mondiale : plusieurs grandes banques centrales étudient ou ont déjà lancé une monnaie numérique de banque centrale (MNBC). En Afrique, le Nigeria a lancé l'eNaira dès 2021, et plusieurs autres banques centrales africaines ont engagé des phases de recherche. Pour la BEAC, l'enjeu est double : d'une part, moderniser un système financier où une part importante des transactions restent informelles ; d'autre part, freiner l'essor des stablecoins en dollars (notamment l'USDT), qui grignotent la demande en monnaie locale dans les transactions numériques, affaiblissant potentiellement l'efficacité de la politique monétaire régionale.
Un calendrier encore indéfini, des défis techniques nombreux
Si le principe d'un franc CFA numérique recueille l'adhésion des gouverneurs des banques centrales membres, le calendrier de mise en œuvre reste flou. La BEAC reconnaît que plusieurs préalables techniques et réglementaires doivent être réunis : mise à niveau des infrastructures numériques dans des pays où le taux de bancarisation reste faible, élaboration d'un cadre juridique adapté, et sécurisation contre les cyber-risques. Des consultations avec le FMI et des experts en fintech africaine sont en cours. Certains économistes soulignent également que l'adoption de masse d'une telle monnaie dépendra de la confiance des populations dans les institutions financières locales.
Un levier de croissance potentiel pour la région
Un franc CFA numérique bien conçu pourrait accélérer l'inclusion financière en zone CEMAC, faciliter les transferts transfrontaliers et réduire les coûts de transaction. La BEAC anticipe par ailleurs un léger tassement de la croissance régionale en 2026, projetée à 2,9 %, et voit dans la transition numérique un levier structurel de diversification économique. Des pays comme le Cameroun et le Gabon, qui concentrent les plus grandes économies de la zone, sont identifiés comme des pilotes potentiels pour une phase de test avant un déploiement régional progressif.