La Confédération des États du Sahel — regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger — entre en 2026 dans une phase que de nombreux analystes qualifient de décisive. Constituée formellement en juillet 2024 après le retrait des trois pays de la CEDEAO, l'AES a désormais dix-huit mois d'existence derrière elle, et les premières épreuves de réalité commencent à se mesurer à l'aune des ambitions proclamées. Souveraineté monétaire, force militaire commune, diplomatie autonome : les dossiers structurants se multiplient, tandis que les défis sécuritaires et humanitaires sur le terrain demeurent considérables.
La consolidation institutionnelle en marche
Sur le plan institutionnel, l'AES a poursuivi ses travaux d'architecture confédérale avec la mise en place d'organes communs, dont une ébauche de banque confédérale destinée à financer les projets intégrateurs. Les trois pays ont également harmonisé certaines procédures douanières et avancé sur un projet de tarif extérieur commun. Ces avancées témoignent d'une volonté politique réelle, même si les experts soulignent que la construction d'institutions fonctionnelles dans des pays traversés par des crises multiples exige du temps et des ressources que les juntes peinent encore à mobiliser pleinement.
Le front sécuritaire, talon d'Achille de l'alliance
Malgré la montée en puissance d'une force militaire unifiée comptant plusieurs milliers d'hommes, la situation sécuritaire reste préoccupante dans les trois pays. Des attaques de groupes jihadistes — affiliés au GSIM ou à l'État islamique au Grand Sahara — ont été enregistrées au Mali, au Burkina Faso et, dans une moindre mesure, au Niger en ce début d'année 2026. L'exploitation des tensions entre l'AES et la CEDEAO par des groupes armés est une réalité documentée, qui fragilise l'image de force que les autorités confédérales souhaitent projeter. La coopération avec Africa Corps, anciennement Wagner, suscite par ailleurs des interrogations persistantes sur les conditions et le coût réel de ce partenariat sécuritaire.
Un horizon diplomatique sous tension
Sur le plan régional, les relations entre l'AES et la CEDEAO restent marquées par une méfiance profonde, même si des initiatives de médiation — portées notamment par le Togo et le Sénégal — ont tenté d'ouvrir des canaux de dialogue. À l'international, les trois États naviguent entre une rhétorique anti-occidentale affirmée et le pragmatisme qu'impose la réalité de leurs économies dépendantes d'échanges extérieurs. L'année 2026 constituera un révélateur important : saura-t-on traduire le discours souverainiste en résultats concrets pour les populations, qui attendent avant tout la paix, la sécurité alimentaire et l'accès aux services essentiels ?