L'idée avait été évoquée lors des premières heures de l'Alliance des États du Sahel, mais elle se précise aujourd'hui avec une nouvelle insistance. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, réunis au sein de la Confédération des États du Sahel, avancent vers la création d'une monnaie commune, dans ce qui serait la rupture la plus profonde avec le système monétaire hérité de la période coloniale.
Un projet symbolique autant qu'économique
Le général Abdourahamane Tiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie au Niger, a ouvertement évoqué cette perspective, la présentant comme un pas supplémentaire vers « la sortie de la colonisation ». Une future monnaie, provisoirement désignée sous le nom de « Sahel » dans plusieurs analyses, symboliserait l'aboutissement du projet souverainiste porté par les trois juntes depuis leur rapprochement.
Les passeports communs, un premier pas
La mise en circulation, depuis le début de 2025, du passeport commun de la Confédération AES a constitué un premier marqueur tangible de l'intégration en cours. Ce document a été suivi par d'autres chantiers : ouverture d'une Banque d'investissement de l'AES, organisation de la première foire internationale multisectorielle à Ouagadougou en mai 2026, et harmonisation de la politique diplomatique.
Des obstacles économiques considérables
Si la volonté politique semble réelle, les obstacles à la création d'une monnaie commune restent nombreux. Les trois économies présentent des structures très différentes, des niveaux d'endettement distincts et des degrés variables d'intégration aux circuits financiers régionaux et internationaux. Une transition monétaire brutale pourrait fragiliser davantage des économies déjà sous pression.
Une rupture avec l'UEMOA en vue ?
La création d'une monnaie propre à l'AES signifierait une sortie définitive de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et du franc CFA, dont la gestion partielle est liée à la France. Cette perspective est perçue avec attention par les partenaires régionaux et internationaux. Les discussions restent pour l'instant au stade des déclarations, mais le signal politique est clair : les trois pays affichent leur intention de reprendre le contrôle total de leurs instruments économiques.