Les 17 et 18 avril 2026, à Lomé, les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance des États du Sahel (AES) — regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ont tenu une réunion avec des représentants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Cette rencontre, facilitée par le Togo sous l'impulsion du président Faure Gnassingbé, marque une étape potentiellement décisive dans la normalisation d'une relation devenue particulièrement tendue depuis les retraits successifs de l'AES en 2024.
Le Togo, pivot d'une diplomatie de réconciliation
Lomé s'impose désormais comme l'espace naturel du dialogue entre les deux blocs. Le Togo a développé une stratégie dite « Togo-Sahel 2026-2028 », articulée autour de trois axes : le dialogue politique, la coopération sécuritaire régionale et l'intégration économique. Le président Gnassingbé a su entretenir des relations cordiales avec les juntes sahéliennes tout en maintenant sa pleine appartenance à la CEDEAO, ce qui lui confère une position de médiateur légitime aux yeux des deux parties.
Des avancées diplomatiques sans réconciliation formelle
Les discussions de Lomé n'ont pas débouché sur un accord formel de réconciliation ni sur un calendrier de retour à la CEDEAO. Les dirigeants de l'AES ont réaffirmé leur attachement à la souveraineté de la Confédération sahélienne, qu'ils présentent comme irréversible. Toutefois, les échanges auraient permis d'identifier des domaines de coopération technique — notamment en matière de gestion des ressources naturelles transfrontalières et de contrôle des mouvements de population — qui pourraient servir de base à une normalisation pragmatique.
Un contexte régional en recomposition
La dynamique de Lomé intervient dans un contexte de recomposition profonde de l'Afrique de l'Ouest. L'AES, dotée de sa propre force militaire unifiée estimée à plus de 15 000 hommes, et travaillant à la création d'une banque confédérale dotée de 500 milliards FCFA, entend s'affirmer comme un acteur régional autonome. La CEDEAO, affaiblie par les défections, cherche pour sa part à démontrer sa pertinence. Le dialogue de Lomé, s'il débouche sur des résultats concrets, pourrait contribuer à redéfinir une architecture régionale plus inclusive.