Les attaques d'envergure menées fin avril 2026 contre des positions des forces armées maliennes dans les régions de Gao, Ménaka et Kidal ont mis à nu une tension fondamentale au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) : ni le Burkina Faso ni le Niger n'ont dépêché de troupes pour appuyer Bamako lors de ces assauts. L'épisode fragilise l'image d'une confédération soudée, proclamée à Niamey en juillet 2024, et relance le débat sur la capacité opérationnelle réelle de la force unifiée sahélienne.
Une réponse aérienne sans renfort terrestre
Face aux assauts, les autorités du Niger ont salué la réaction de la force conjointe, qui a mené des frappes aériennes intensives dans les zones de contact. Ces opérations aériennes ont permis de neutraliser plusieurs colonnes adverses, mais l'absence de renforts terrestres en provenance du Burkina Faso et du Niger a été remarquée. Selon plusieurs analystes citant des sources sécuritaires régionales, les difficultés logistiques et les priorités nationales respectives auraient conduit les deux pays partenaires à ne pas mobiliser leurs unités terrestres en temps utile.
Les limites des organes décisionnels de l'AES
La confédération sahélienne, qui a su afficher une cohésion politique remarquable sur la scène diplomatique, peine à se doter d'organes de commandement militaire conjoint capables de réagir dans l'urgence. La force unifiée, portée à 15 000 hommes en avril 2026, ne dispose pas encore de protocoles d'activation automatique permettant une mobilisation rapide des contingents nationaux en cas d'attaque sur le territoire d'un État membre. Ce déficit opérationnel constitue un défi majeur pour la crédibilité de l'alliance.
L'AES à l'épreuve de la durée
Au-delà de cet épisode, c'est la solidité de tout le projet confédéral qui est interrogée. Les trois pays membres font face, chacun, à des pressions sécuritaires internes significatives qui limitent leur capacité à projeter des forces hors de leurs frontières. La réussite à long terme de l'AES passe par la construction d'une architecture de défense collective véritablement intégrée, au-delà des déclarations d'intention. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer si les partenaires sahéliens parviennent à dépasser les logiques nationales au profit d'une réponse collective à la menace jihadiste.