Dans un contexte de fracture diplomatique entre la CEDEAO et l'Alliance des États du Sahel (AES), le président béninois Romuald Wadagni a entamé le 2 juin 2026 une tournée qualifiée de « haute diplomatie » dans les capitales du Burkina Faso et du Niger. Une démarche prudente mais potentiellement décisive, qui illustre la recherche d'une voie pragmatique entre deux blocs dont les relations restent tendues.
Corridors économiques au cœur des discussions
Au centre des échanges entre Wadagni et ses homologues de Ouagadougou et Niamey figurent les corridors de transit économique, particulièrement vitaux pour des pays enclavés comme le Burkina Faso et le Niger. Depuis les sanctions imposées puis partiellement levées par la CEDEAO, ces axes d'approvisionnement ont subi d'importantes perturbations. Cotonou, qui joue un rôle de hub portuaire stratégique pour cette sous-région, a tout intérêt à renouer des relations fluides avec ses voisins sahéliens. Les deux parties auraient évoqué la reprise de mécanismes de sécurisation conjointe des routes commerciales.
Une diplomatie de la retenue face aux tensions persistantes
La visite de Wadagni intervient sans fanfare médiatique — qualifiée par plusieurs observateurs de « tournée secrète » — ce qui témoigne du caractère délicat de l'exercice. L'AES, qui a quitté la CEDEAO début 2025, se méfie de toute démarche susceptible d'être perçue comme un cheval de Troie de l'organisation régionale. Le Bénin, pour sa part, n'entend pas se substituer aux médiateurs officiels mais tente de maintenir des canaux de communication bilatéraux qui pourraient, à terme, faciliter une désescalade plus large.
Des enjeux sécuritaires partagés
Au-delà des questions économiques, la situation sécuritaire aux frontières communes constitue un autre dossier brûlant. Le Nord du Bénin est régulièrement affecté par des incursions jihadistes en provenance du Burkina Faso, et les deux pays partagent un intérêt objectif à coordonner leurs réponses. L'ouverture d'un dialogue direct avec les dirigeants de l'AES, même informel, pourrait offrir une base opérationnelle pour une coopération sécuritaire que les tensions politiques avaient paralysée. Les prochaines semaines permettront de mesurer si cette diplomatie discrète peut se traduire en engagements concrets.