Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso depuis octobre 2022, a franchi une nouvelle étape dans la consolidation de son pouvoir en faisant adopter une charte qui officialise ce qu'il nomme la « révolution populaire progressive ». Ce texte fondateur dissout les partis politiques, renomme l'Assemblée législative de transition et projette un horizon de gouvernance au moins jusqu'en 2029.
Une rupture assumée avec l'ordre ancien
La charte adoptée constitue un document de rupture. En dissolvant les partis politiques, le régime entend signifier la fin du pluralisme partisan tel qu'il existait sous la IVe République. Les autorités justifient cette décision en invoquant l'incapacité des partis traditionnels à faire face aux défis sécuritaires et économiques du pays. La révolution populaire doit mobiliser l'ensemble des Burkinabè autour d'un projet national unifié.
L'horizon 2029 : une transition qui s'installe dans la durée
La fixation d'un horizon politique à 2029 marque un tournant. Alors que les premières communications évoquaient un retour à l'ordre constitutionnel « dans les meilleurs délais », la nouvelle charte ancre la transition dans une temporalité beaucoup plus longue. Cette décision rejoint la posture du Mali et du Niger, où les textes fondamentaux ont progressivement effacé tout calendrier électoral à court terme.
Des associations civiles dans la ligne de mire
L'adoption de la charte intervient dans un contexte de rétrécissement progressif de l'espace civique. Plusieurs dizaines d'associations œuvrant dans les domaines de la santé, de l'action sociale et des droits humains ont été dissoutes en application d'une loi controversée. Ces dissolutions suscitent des critiques d'organisations de défense des droits humains, qui alertent sur les risques pour les populations vulnérables déjà fragilisées par les conflits armés.
Une posture souveraine portée par l'AES
Sur le plan régional, Traoré reste l'un des visages les plus emblématiques de la ligne souverainiste de l'Alliance des États du Sahel. Sa rencontre avec le président béninois Wadagni, le 3 juin à Ouagadougou, témoigne de la volonté d'établir des canaux de dialogue avec les voisins jusqu'ici en tension, sans modifier le cap politique intérieur.