Un tournant diplomatique s'est dessiné en début juin 2026 en Afrique de l'Ouest. Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, investi le 24 mai dernier, a effectué ses toutes premières visites officielles à Niamey puis à Ouagadougou le 2 juin, choisissant d'emblée de tendre la main aux pays de l'Alliance des États du Sahel. Ce geste fort rompt avec les années de tensions qui avaient marqué les relations entre Cotonou et les juntes militaires du Sahel.
Une visite chargée de symboles
Au Niger, le général Abdourahamane Tiani s'est déplacé en personne pour accueillir le président béninois à sa descente d'avion, un geste d'une valeur protocolaire considérable. Les deux chefs d'État ont abordé les questions sécuritaires liées aux corridors frontaliers, la relance des échanges commerciaux et la réouverture de la frontière qui demeure partiellement fermée. À Ouagadougou, Wadagni et son homologue burkinabè Ibrahim Traoré ont insisté sur « le rôle stratégique du port de Cotonou dans l'approvisionnement du Burkina Faso ».
Une logique de réalisme économique et de souveraineté partagée
Selon plusieurs analystes de la sous-région, Wadagni agit ici selon une logique de « réalisme pragmatique ». En réservant ses premières visites à l'AES, et non aux capitales occidentales ou à Abuja, le nouveau chef d'État envoie un signal clair : le Bénin entend composer avec les nouvelles réalités régionales. Le coridor Bénin-Niger-Burkina représente en effet un axe commercial décisif pour l'économie béninoise, qui perd en transit depuis la fermeture des frontières liée aux crises diplomatiques de 2023-2024.
Vers une redéfinition des équilibres régionaux ?
Ces visites interviennent dans un contexte où les relations entre l'AES et la CEDEAO demeurent tendues, l'Alliance ayant officiellement quitté le bloc régional en 2024. La démarche béninoise pourrait ouvrir une voie intermédiaire, permettant de maintenir des liens fonctionnels entre les deux blocs sans remettre en cause les positions de principe de chacun. Pour Cotonou, l'enjeu est aussi de préserver son rôle de carrefour économique dans une Afrique de l'Ouest en profonde recomposition.