Des documents internes révélés par la presse jettent une lumière crue sur la gestion par le géant pétrolier Shell d'un important oléoduc du delta du Niger. Ils suggèrent que l'entreprise a continué d'exploiter l'infrastructure pendant des années, en dépit d'alertes internes sur les risques environnementaux liés aux vols de pétrole et à la vétusté des installations.
Des alertes anciennes restées sans suite
Selon ces documents, qui comprennent des courriels et des présentations versés à une procédure judiciaire au Royaume-Uni, un cadre dirigeant de Shell aurait exprimé des inquiétudes dès 2008 au sujet de la poursuite des opérations sur une canalisation jugée vulnérable. Cet oléoduc, long de près d'une centaine de kilomètres, achemine chaque jour des dizaines de milliers de barils vers des terminaux d'exportation.
Plutôt que d'interrompre l'exploitation pour procéder à des réparations, l'entreprise aurait choisi de maintenir le flux de production. La canalisation est devenue, au fil des ans, la source de déversements répétés, des intrus venant y opérer des branchements illégaux à l'origine de fuites massives dans les zones humides environnantes.
Des communautés du delta en quête de réparation
Les documents ont été rendus publics dans le cadre d'une action en justice engagée au Royaume-Uni par des communautés du delta du Niger. Celles-ci réclament des compensations et la prise en charge de la dépollution, après une longue série de fuites ayant affecté leurs terres, leurs cours d'eau et leur mangrove, écosystème essentiel à la pêche et à la biodiversité.
Des organisations de défense de l'environnement ont réagi en dénonçant une priorité donnée à la production au détriment de la protection des populations et des milieux naturels.
Un dossier emblématique de décennies de tensions
Le delta du Niger, principale région pétrolière du Nigeria, est depuis des décennies le théâtre de conflits autour de l'exploitation des hydrocarbures, entre retombées économiques, dégradation de l'environnement et revendications des communautés locales. Cette nouvelle affaire ravive le débat sur la responsabilité des multinationales et sur les conditions du retrait progressif de certaines d'entre elles des activités terrestres dans la région.
Au-delà du cas nigérian, elle interroge la transparence du secteur pétrolier et les mécanismes de réparation à la disposition des populations affectées.