Dix-huit mois après la rupture formelle entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), des signaux de dégel se multiplient. Des rencontres au sommet, des tournées d’émissaires et des nominations symboliques dessinent les contours d’un début de normalisation, même si les deux blocs maintiennent officiellement leurs positions doctrinales respectives.
La stratégie de Lomé 2026-2028, cinq piliers pour dialoguer
La nouvelle feuille de route de la CEDEAO, adoptée lors du sommet de Lomé en avril 2026, articule un plan quinquennal en cinq axes : dialogue politique avec les autorités de l’AES, coopération économique transfrontalière, lutte conjointe contre le terrorisme, renforcement de l’intégration régionale et facilitation des échanges commerciaux. Abuja reconnaît pour la première fois explicitement l’AES comme interlocuteur à part entière sur le plan sécuritaire.
L’AES consolide ses alliances, mais ne ferme pas la porte
Du côté de Bamako, Ouagadougou et Niamey, le discours souverainiste demeure dominant. La Russie et la Chine sont confirmées comme partenaires stratégiques privilégiés, respectivement dans les domaines sécuritaire et infrastructurel. Cependant, plusieurs sources diplomatiques régionales indiquent que les chefs de la junte ne sont pas opposés à des échanges techniques sur les questions de santé, d’eau et de sécurité alimentaire avec leurs voisins de l’espace CEDEAO.
Des échanges commerciaux qui résistent
Malgré les tensions politiques, les flux de marchandises entre le Mali, le Burkina Faso, le Niger et leurs voisins côtiers n’ont pas cessé. Le Port autonome d’Abidjan reste le premier point d’entrée des importations maliennes, et les marchés de Dori ou de Tahoua continuent de s’approvisionner via des corridors informels. L’intérêt économique commun constitue le socle le plus solide sur lequel une normalistion progressive pourrait s’édifier.