La conférence APSACO (Accra Peace and Security Architecture Conference) 2026, tenue à Rabat, a braqué les projecteurs sur les profondes mutations qui affectent l'architecture sécuritaire de l'Afrique de l'Ouest. Dix ans après sa création, cette plateforme de réflexion stratégique est confrontée à un paysage radicalement transformé : la sortie de la CEDEAO du Mali, du Burkina Faso et du Niger — regroupés depuis janvier 2024 au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) — remet en question les fondements mêmes de la coopération sécuritaire régionale.
Un bras de fer institutionnel sans précédent
Les débats de Rabat ont révélé des lignes de fracture profondes entre les partisans d'une réintégration des pays de l'AES dans le giron de la CEDEAO et ceux qui estiment que la rupture est consommée. Les représentants de l'AES, pour leur part, maintiennent que leur départ de l'organisation régionale est définitif et que la nouvelle confédération sahélienne constitue une réponse légitime aux échecs de la gestion collective de la crise sécuritaire. La CEDEAO, privée de 80 % du marché régional pour les trois pays membres de l'AES, cherche à redéfinir des modalités de coopération fonctionnelles malgré la rupture politique.
La sécurité au Sahel, enjeu central des discussions
L'intensification des attaques terroristes dans la région du Liptako-Gourma — zone trifontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger — reste la toile de fond de tous les débats. Les États de l'AES, qui ont rompu avec la présence militaire française et renforcé leur coopération avec la Russie, affichent des résultats sécuritaires mitigés. Si certains observateurs notent une reprise en main territoriale dans quelques zones, les organisations humanitaires signalent une augmentation des violations des droits humains et des déplacements forcés. L'APSACO a appelé à un dialogue inclusif impliquant les populations civiles et les acteurs non étatiques.
Des alliances stratégiques en pleine recomposition
Au-delà de la question AES-CEDEAO, la conférence de Rabat a mis en exergue la redéfinition des partenariats stratégiques à l'échelle continentale. La présence russe au Mali et au Burkina Faso via le groupe Wagner — rebaptisé Africa Corps — modifie les équilibres de puissance. La Chine, les États du Golfe et la Turquie renforcent simultanément leur influence dans la région. Dans ce contexte, plusieurs experts ont plaidé pour une refondation de l'architecture sécuritaire africaine autour d'institutions continentales comme l'Union africaine, capables de transcender les clivages bilatéraux.