Les dernières brèves économiques de la Direction générale du Trésor français consacrées à l'Afrique centrale (semaine du 8 au 12 juin 2026) dressent un tableau nuancé de la situation économique dans la zone CEMAC. Le premier trimestre 2026 a été marqué par une progression des cours des produits de base exportés par la région, notamment les produits énergétiques — pétrole brut, gaz naturel — et certaines matières premières agricoles. Cette amélioration partielle offre une fenêtre d'opportunité pour les pays de la zone, sans pour autant effacer les vulnérabilités structurelles.
Le pétrole et le gaz comme moteurs provisoires
La remontée des prix du baril en début 2026, corrélée aux tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et aux ajustements de production de l'OPEP+, a temporairement amélioré les recettes d'exportation du Cameroun, du Gabon, du Congo et de la Guinée équatoriale. Pour le Cameroun, dont la production pétrolière est en déclin tendanciel, ces revenus supplémentaires constituent un répit bienvenu mais insuffisant pour compenser le manque à gagner structurel. La transition énergétique et la diversification de l'économie restent des impératifs à long terme que les conjonctures favorables ne doivent pas faire oublier.
Les Émirats arabes unis et le corridor ferroviaire Tchad-Cameroun
Sur le front des infrastructures, la zone CEMAC enregistre une avancée majeure avec l'entrée des Émirats arabes unis dans le projet du corridor ferroviaire Tchad-Cameroun via Etihad Rail. Ce partenariat stratégique, qui vise à connecter N'Djaména au port de Douala sur une distance d'environ 1 700 km, devrait réduire drastiquement les coûts de transport pour les marchandises tchadiennes et accroître la compétitivité des exportations de la région enclavée. L'investissement est estimé à plusieurs milliards de dollars, avec un calendrier de réalisation étalé sur une dizaine d'années.
Des fragilités structurelles qui demeurent
Malgré ces signaux positifs, la zone CEMAC reste confrontée à des fragilités importantes : endettement public élevé dans plusieurs pays membres, faiblesse des recettes fiscales non pétrolières, dépendance aux importations alimentaires et aux aléas climatiques. La Banque mondiale prévoit pour l'Afrique subsaharienne une croissance de 4,1 % en 2026, mais cette moyenne cache de fortes disparités. La Commission de la CEMAC a appelé à renforcer les politiques de diversification économique, d'industrialisation et d'intégration régionale pour réduire la vulnérabilité aux chocs extérieurs.