L’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis leur rupture avec la CEDEAO en janvier 2024, franchit une étape décisive vers son autonomie financière. La Banque confédérale de l’AES est officielle avec une capitalisation initiale de 895 millions de dollars, apportée à parts égales par les trois États membres. Cet instrument est présenté par les autorités de transition comme la clef de voûte d’une nouvelle architecture financière régionale, indépendante des institutions de Bretton Woods.
Des missions étendues : financement, monnaie, intégration
Selon le texte fondateur signé par les chefs d’État des trois pays, la Banque confédérale aura pour mission de financer les projets d’infrastructure et de développement interrégionaux, d’assurer le refinancement des systèmes bancaires nationaux et de préparer à terme l’introduction d’une monnaie commune sahélienne. Cette dernière perspective inquiète les analystes de la zone UEMOA, où les trois pays continuent pour l’instant d’utiliser le franc CFA, dont ils ont signalé vouloir se détourner progressivement.
Défis sécuritaires et économiques en toile de fond
Si l’ambition est réelle, les défis sont colossaux. Sur le terrain sécuritaire, les groupes armés contin&uent de menacer de larges portions du territoire dans les trois pays malgré les opérations de la Force conjointe de l’AES, qui compte désormais 15 000 soldats. Sur le plan économique, les réserves en devises des pays membres restent fragiles, et la dépendance aux exportations de matières premières (or, uranium, coton) expose l’alliance à la volatilité des cours mondiaux. Des économistes africains appellent à une gouvernance transparente de la nouvelle institution pour éviter les écueils connaîtres par d’autres tentatives d’intégration régionale en Afrique.
Un signal politique fort vers la CEDEAO et les partenaires occidentaux
La création de cette banque est aussi lue comme un signal politique adressé à la CEDEAO, avec laquelle des discussions discrètes sur un possible rapprochement ont été signalées par plusieurs sources diplomatiques. Elle envoie également un message aux partenaires occidentaux, notamment la France et l’Union européenne, dont l’influence dans la région a considérablement reculé depuis 2021. La Russie et la Chine, qui ont renforcé leur présence dans l’AES, sont présentées comme des partenaires privilégiés pour la capitalisation complémentaire de l’institution.