Le combat contre le paludisme en Afrique connait en 2026 une période charnière, entre des avancées scientifiques réelles et des menaces croissantes qui pourraient anéantir une décennie de progrès. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 10 millions d’enfants africains ont déjà reçu au moins une dose du vaccin antipaludique RTS,S/AS01, déployé dans 25 pays depuis 2021. Associé à la chimiprévention saisonnière (CPS) et aux moustiquaires impregnées, ce vaccin a contribué à sauver un million de vies en un an dans plusieurs pays sub-sahariens.
La résistance à l’artémisinine : un signal d’alarme continental
Toutefois, une alerte majeure s’est donnée dans la communauté scientifique : des études génomiques publiées en mai 2026 dans la revue Nature confirment que la résistance au principal médicament antipaludique — l’artémisinine — ne se propage plus seulement depuis l’Asie du Sud-Est. Des souches résistantes apparaissent désormais de manière indépendante dans plusieurs pays africains, notamment au Mozambique où les cas de paludisme ont plus que quadruplé au cours des trois premiers mois de 2026. Cette émergence locale de résistance est considérée comme l’un des scénarios les plus préoccupants par les experts de santé publique.
Une crise de financement aux conséquences potentiellement catastrophiques
En parallèle, Gavi, l’Alliance du vaccin, tire la sonnette d’alarme sur des lacunes de financement qui menacent la pérennité des programmes de vaccination. Selon ses projections, ces lacunes pourraient entraîner 600 000 morts supplémentaires d’ici la fin de la décennie, principalement des enfants de moins de cinq ans. Le Mali a expérimenté une approche hybride innovante — combinant vaccination groupée et vaccination de routine — qui pourrait réduire les coûts opérationnels et servir de modèle pour d’autres pays à faibles ressources.
Urgence d’un plan de financement pérenne
Face à ces défis cumulés, une réunion stratégique regroupant les ministères de la santé de 14 pays d’Afrique de l’Ouest s’est tenue à Abidjan sous l’égide de l’OMS pour coordonner une réponse régionale. Les experts appellent à la création d’un fonds africain dédié à la lutte antipaludique, moins dépendant des financements extérieurs, et à une accélération du développement de nouveaux antipaludiques capables de contourner les souches résistantes. L’état d’urgence sanitaire est une réalité pour des dizaines de millions d’enfants africains.