Une nouvelle voix s'élève depuis l'exil pour contester les régimes militaires qui gouvernent le Mali, le Burkina Faso et le Niger. L'Alliance des démocrates du Sahel (ADS), créée en avril 2026 par des ressortissants de ces trois pays réfugiés hors de leurs frontières, s'est imposée en quelques semaines comme une plateforme de contestation politique face à l'Alliance des États du Sahel (AES). Ses fondateurs, issus de la société civile, d'anciens partis politiques et de milieux intellectuels, ont choisi la voie de l'opposition pacifique et de la diplomatie internationale.
Une opposition transnationale inédite
Ce qui distingue l'ADS des oppositions traditionnelles, c'est son caractère trinational. Pour la première fois depuis la vague de coups d'État qui a balayé le Sahel entre 2021 et 2023, des militants maliens, burkinabè et nigériens coordonnent leur action au sein d'une même structure. L'ADS réclame le retour à l'ordre constitutionnel, la tenue d'élections libres sous supervision internationale et la libération des prisonniers politiques détenus dans les trois capitales. Elle s'adresse directement aux institutions internationales — ONU, Union africaine, Union européenne — pour obtenir une reconnaissance et un appui diplomatique.
Les juntes répondent par le silence et la répression
Les autorités des trois pays membres de l'AES ont refusé de commenter officiellement la création de l'ADS, mais des sources concordantes font état d'arrestations de proches des membres fondateurs restés au pays. Cette répression par procuration illustre la tension croissante entre les juntes, qui misent sur le récit de la souveraineté retrouvée pour consolider leur légitimité populaire, et une diaspora politique de plus en plus organisée. À Bamako, Ouagadougou et Niamey, le simple fait de relayer les communiqués de l'ADS sur les réseaux sociaux expose les internautes à des poursuites.
Un contexte international de normalisation partielle
L'émergence de l'ADS intervient dans un contexte de discret rapprochement entre l'AES et certaines institutions sous-régionales. Des signaux de normalisation partielle ont été observés lors de rencontres en marge de sommets africains, sans pour autant déboucher sur un retour de plein droit dans la CEDEAO. L'ADS, de son côté, entend s'installer dans la durée et prévoit un premier congrès en territoire neutre à l'automne 2026 pour se doter d'une direction formelle et d'un programme politique commun. Son existence révèle que, malgré la mainmise des juntes sur l'espace public, la contestation démocratique reste vivace au Sahel.