Le Sénégal a officiellement pris la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour la période 2026-2030, une première historique pour ce pays qui accède pour la première fois à la tête de l’organisation régionale. Cette prise de fonction intervient dans un contexte indit, marqué par la sortie définitive du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), effective depuis le 29 janvier 2025.
Une présidence sous haute tension diplomatique
Le défi principal du mandat sénégalais sera de gérer les relations entre la CEDEAO réduite à douze membres et les trois États saheléens sortants, tout en préservant les acquis de l’intégration régionale. Les experts soulignent que la libre circulation des personnes et des marchandises — garantie par les protocoles de la CEDEAO — devra être maintenue dans les faits, indépendamment des ruptures institutionnelles. Les échanges commerciaux entre les pays de l’AES et leurs voisins côtiers restent en effet vitaux pour les deux parties.
Le Sénégal, pont entre les deux blocs
Le choix du Sénégal est perçu par plusieurs analystes comme stratégique : Dakar entretient des relations diplomatiques avec Bamako, Ouagadougou et Niamey, et dispose d’une tradition de dialogue reconnu sur le continent. Le président Faye a affirmé sa volonté de créer des canaux de discussion informels avec les juntes saheléennes, sans préjudger des positions institutionnelles de la CEDEAO. L’objectif affiché est d’éviter un enfoncement de la fracture ouest-africaine qui nuirait à la sécurité collective et aux projets d’intégration économique.
Un programme de réformes ambitieux
Au-delà du dossier AES, la présidence sénégalaise entend accélérer la mise en œuvre de l’Eco, la monnaie unique de la CEDEAO, réformer les mécanismes de maintien de la paix et donner une nouvelle impulsion aux politiques de sécurité alimentaire régionale. Le contexte demeure fragile : la persistance des crises sécuritaires au Sahel, l’afflux de déplacés et la montée des tensions identitaires dans plusieurs pays membres imposent une approche pragmatique et inclusive à la nouvelle Commission.