Dans une initiative diplomatique qualifiée de « haute ambition et de haut risque » par les observateurs régionaux, le président béninois Romuald Wadagni a effectué début juin 2026 une tournée successive à Ouagadougou puis à Niamey. L'objectif : renouer des liens bilatéraux fonctionnels avec le Burkina Faso et le Niger, membres de l'Alliance des États du Sahel (AES), malgré la rupture profonde de ces pays avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), dont le Bénin reste un membre actif.
Un pari géopolitique calculé
Le Bénin partage des frontières avec le Burkina Faso et le Niger, deux États qui ont formellement quitté la CEDEAO pour constituer la Confédération AES. Pour Cotonou, l'isolement économique et sécuritaire de ces voisins n'est pas viable sur le long terme : les échanges commerciaux informels, les corridors logistiques et la gestion des flux migratoires trans-frontaliers imposent de mener une diplomatie de proximité indépendamment des positions de bloc. La visite de Wadagni s'inscrit dans cette logique de « diplomatie du ventre », priorisant les intérêts concrets des populations sur les postures institutionnelles.
L'AES entre affirmation de souveraineté et ouverture sélective
Du côté de l'AES, les juntes au pouvoir au Mali, au Burkina et au Niger n'ont pas fermé la porte à des relations bilatérales pragmatiques avec des pays de la CEDEAO, tout en maintenant leur opposition de principe à l'institution régionale. Le dispositif sécuritaire commun de l'AES, qui s'est traduit par des opérations aériennes conjointes au Mali suite aux attaques d'avril 2026, a renforcé la cohésion interne de la confédération, mais ses membres restent attentifs à préserver des liens économiques avec les États côtiers essentiels pour leur approvisionnement.
Vers un nouveau cadre de coopération transfrontalière ?
Les entretiens de Wadagni à Ouagadougou et Niamey auraient porte sur des projets concrets de coopération douanière, de facilitation des transports et de sécurisation des axes frontalières. Si aucun accord formel n'a été signé, la tournée est perçue comme le signal d'une détente progressive entre les pays de l'AES et certains membres de la CEDEAO, qui pourrait ouvrir la voie à un cadre de dialogue informel contournant les blocages institutionnels. La dynamique reste fragile mais réelle.