Dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua, seulement un tiers de la population dispose d’un accès réel à l’eau potable. Les deux autres tiers — soit plusieurs millions de personnes — sont contraints de partager des points d’eau non protégés avec le bétail, exposant les familles à des maladies hydriques comme le choléra et la typhoïde, qui frappent la région avec une régularité alarmante.
Des promesses non tenues depuis quinze ans
En 2011, le chef de l’État camerounais avait annoncé la construction de 3 000 forages dans les régions septentrionales, une promesse qui devait transformer durablement l’accès à l’eau dans ces zones semi-arides. Quinze ans plus tard, le bilan reste décevant. Une étude menée par des organismes de développement locaux révèle qu’aucun des 3 000 forages promis n’a été livré dans les délais fixés. À Maroua, chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord, les coupures d’eau sont fréquentes et les points de distribution publics insuffisants pour une ville dont la population dépasse 600 000 habitants.
Un cercle vicieux entre insécurité et accès aux services de base
L’insécurité régnant dans certains arrondissements du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga complique davantage le déploiement des infrastructures hydrauliques. Les techniciens et prestataires de services hésitent à intervenir dans des zones exposées aux incursions de groupes armés non étatiques. Les projets financés par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale dans le cadre du programme CAP2E — 89,2 milliards de FCFA alloués à l’emploi et aux services de base à l’Extrême-Nord — devraient inclure des volets hydrauliques. Leur mise en œuvre effective reste néanmoins conditionnée à une amélioration du contexte sécuritaire.
Vers une réponse concertée entre l’État, les partenaires et les collectivités
Des experts en développement local préconisent une approche intégrée associant les communes, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers. La gestion communautaire des points d’eau, associée à des technologies adaptées comme les pompes solaires, est présentée comme la voie la plus réaliste pour atteindre rapidement les populations les plus vulnérables. La question de l’eau potable dans le Grand Nord camerounais demeure l’un des défis de développement les plus urgents de 2026.