Depuis la signature de la Charte de Liptako-Gourma le 16 septembre 2023 par le Mali, le Niger et le Burkina Faso, l’Alliance des États du Sahel (AES) — devenue officiellement Confédération des États du Sahel en juillet 2024 — a accompli en deux ans et neuf mois un travail institutionnel significatif. Alors que 2026 est décrit par les analystes comme « l’année critique » pour la consolidation du projet, le bilan des réalisations donne une image contras tée d’ambitions larges et de défis persistants.
Une architecture institutionnelle bâtie en un temps record
En moins de trois ans, la Confédération a produit une liste impressionnante d’institutions communes : une présidence tournante fonctionnelle, un traité de confédération, un passeport biométrique conjoint déjà délivré dans les trois pays, une banque d’investissement, un tarif douanier commun, un drapeau et un hymne officiels, une chaîne de télévision panrégionale, ainsi qu’un commandement militaire unifié fort de 5 000 hommes. Cette vitesse de mise en place tranche avec la lenteur habituelle des projets d’intégration africains.
Le défi sécuritaire, nerf de la guerre
La raison d’être de l’AES reste la sécurité. Après les séries d’attaques du printemps 2026 au Mali, les autorités confédérales ont déclenché des opérations aériennes conjointes et une riposte militaire coordonnée. Les résultats sur le terrain restent mitigés : si la pression s’est intensifiée sur les groupes djihadistes, l’implantation de ces derniers dans les zones rurales et transfronta lières se maintient, notamment au nord du Burkina Faso et dans le Liptako. Le débat sur l’efficacité des nouvelles alliances stratégiques — notamment avec la Russie — reste ouvert.
Souveraineté vs intégration internationale : un équilibre délicat
Sur le plan diplomatique, les trois pays membres ont maintenu leur retrait de la CEDEAO et leur distanciation vis-à-vis de certains partenaires occidentaux. La Confédération multiplie les partenariats alternatifs (Russie, Turquie, Iran, Chine) tout en cherchant à rouvrir des canaux avec les voisins de la sous-région. Des signaux d’une possible normalisation avec certains pays de la CEDEAO ont été perçus ces dernières semaines, soutenus par les efforts de médiation maroc ains dans le cadre de l’APSACO.