Les chiffres publiés par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et relevés par plusieurs médias spécialisés ce 18 juin sont sans ambiguïté : l’offre globale de crédit dans les six pays de la CEMAC (Cameroun, Gabon, Congo, RCA, Tchad, Guinée équatoriale) a atteint 2 510,5 milliards de FCFA entre janvier et mars 2026, contre 3 146,9 milliards à la même période en 2025, soit une contraction de 20,22 % en glissement annuel. En valeur absolue, plus de 636 milliards de FCFA se sont ainsi retirés des bilans bancaires de la sous-région en un an.
Les grandes entreprises, premières victimes du resserrement
Le décrochage le plus marqué concerne les grandes entreprises, pour lesquelles les crédits ont chuté de 26,44 % en glissement annuel, passant de 2 000,2 milliards à 1 471,3 milliards de FCFA. Cette contraction reflète à la fois une baisse de la demande des entreprises, dans un contexte d’attentisme lié à la conjoncture internationale et à la hausse du coût du crédit, et un durcissement des conditions d’octroi par les banques, plus précautionneuses face à l’érosion des garanties. Les secteurs des BTP, du commerce et de l’industrie sont les plus affectés.
Les PME résistent mieux, mais ne compensent pas
Le segment des petites et moyennes entreprises affiche une résilience relative, avec une baisse limitée à 5,76 %, contre plus de 26 % pour les grands comptes. Les crédits aux PME représentent 22,54 % du total des prêts accordés au T1 2026, soit 565,9 milliards de FCFA. Cette portion reste modeste au regard du poids des PME dans l’économie réelle, reflétant les difficultés structurelles d’accès au financement pour les entreprises de taille intermédiaire. Par ailleurs, le coût du crédit a augmenté pour les emprunteurs au cours du trimestre, malgré une inflation relativement contenue.
Un signal d’alerte pour la croissance régionale
La CEMAC vise une croissance de 3,4 % en 2026, en amélioration par rapport aux 2,7 % de 2025. Mais le resserrement du crédit fait peser un risque sur cette trajectoire, surtout si la défiance bancaire se prolonge au deuxième trimestre. Parmi les pistes évoquées par les analystes : une politique de garantie publique renforcée, une révision des exigences prudentielles pour les PME, et un soutien accéléré via les banques de développement régionales.