En 2026, des ressortissants maliens, nigériens et burkinabè en exil ont fondé l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une plateforme citoyenne transnationale dont l’objectif est de contester pacifiquement les régimes militaires au pouvoir au sein de la Confédération des États du Sahel (CES), anciennement Alliance des États du Sahel (AES). Basée principalement entre Dakar, Paris et Abidjan, l’ADS réunit des intellectuels, anciens parlementaires, journalistes et militants des droits humains des trois pays concernés.
Un mouvement né de la fermeture de l'espace politique
La création de l’ADS intervient dans un contexte de verrouillage total de l’espace politique dans les trois pays de la CES. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les partis politiques sont suspendus ou soumis à de strictes restrictions d’activité. Les médias indépendants travaillent sous pression constante, et plusieurs journalistes ont été arrêtés ou contraints à l’exil. L’ADS affirme représenter une alternative démocratique non violente, distincte de tout mouvement armé, et appelle les Saheléens à se mobiliser pour un retour au pluralisme constitutionnel.
Les réactions des juntes et de la CEDEAO
Les autorités de la CES ont qualifié l’ADS de « structure au service des néocolonisateurs » et ont dénigé ses fondateurs comme des « traîtres financés par l’étranger ». La CEDEAO, malgré sa tension persistante avec les juntes depuis leur retrait de l’organisation en 2024, n’a pas officiellement pris position sur l’ADS. Certains analystes voient dans cette initiative une tentative de structurer une opposition diasporique qui pourrait peser à moyen terme, en particulier si la situation sécuritaire se détériore davantage au Sahel.
Un paysage politique sahélien en mutation
La création de l’ADS s’inscrit dans un paysage plus large de réorganisations politiques au Sahel. D’un côté, les juntes consolident leurs institutions — passeport commun, banque de développement de la CES, marché unique sahelien — en proclamant une souveraineté récupérée. De l’autre, des voix croissantes, notamment de jeunes cadres et de femmes, contestent l’absence de dialogue politique et les restrictions imposées aux libertés individuelles. La CES devra naviguer entre affirmer une identité panafricaniste forte et répondre aux attentes sociétales de ses populations.