Le coup d’envoi officiel de la campagne agricole 2026 a été donné le 18 juin dans le Septentrion camerounais. Cette année, l’enjeu est particulièrement aigu : la région, qui abrite les zones les plus pauvres du pays, affronte une insécurité alimentaire exacerbée par les conflits, l’afflux de réfugiés fuyant le Nigéria et la RCA, et les aléas climatiques. Le bilan du premier trimestre 2026 faisait état de plus d’un million de personnes sous insécurité alimentaire sévère dans les trois régions du Grand Nord.
Une campagne lançée sous haute tension alimentaire
Selon les services régionaux du ministère de l’Agriculture, la campagne 2026 s’ouvre dans un contexte particulièrement difficile. Les semis sont retardés dans certains départements de l’Extrême-Nord en raison du début tardif des pluies, puis des inondations trop précoces qui ont rendu certaines terres inaccessibles. Les paysans de la plaine de Mora et de la région du Mandara expriment leur inquiétude face à des stocks de semences encore insuffisants. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et la FAO ont annoncé une aide en intrants agricoles pour les agriculteurs les plus vulnérables, mais les distributions tardent à arriver sur le terrain.
L’insécurité comme frein structurel à la production
L’insécurité persistante dans la zone du lac Tchad et le long de la frontière nigériane continue de compliquer l’accès aux champs pour de nombreux agriculteurs. Plusieurs villages de l’arrondissement de Kolofata ont signalé des présences armées qui empêchent les paysans de se rendre sur leurs terres. La campagne agricole, pourtant vitale pour l’autonomie alimentaire de la région, se heurte ainsi à un double obstacle : climatique et sécuritaire. Les organisations humanitaires insistent sur la nécessité d’une protection accrue des zones agricoles prioritaires pour ne pas compromettre la récolte de l’automne 2026.
Les initiatives locales en soutien aux agriculteurs
Malgré ces obstacles, plusieurs initiatives locales montrent la résilience des communautés du Septentrion. Des groupements d’agriculteurs de la région du Nord ont développé des techniques d’agriculture climato-intelligente, notamment la récupération des eaux de pluie et la rotation des cultures. Des projets financés par Plan International et d’autres ONG soutiennent la mise en place de périmètres irrigués dans les zones protégées. Le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord a appelé les autorités locales à mobiliser les ressources nécessaires pour accompagner les agriculteurs tout au long de la saison et garantir que la campagne 2026 puisse contribuer à réduire le déficit alimentaire régional.