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Septentrion — Humanitaire

Extrême-Nord : la soudure 2026 frappe fort, un million de personnes en insécurité alimentaire sévère

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La période de soudure 2026 — ce creux alimentaire annuel qui sépare les derniers stocks de la récolte précédente des premières récoltes de la nouvelle saison — s’impose avec une brutalité particulière dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Selon le cadre harmonisé de l’OCHA publié au premier trimestre 2026, plus d’un million de personnes se trouvent en phase 3 d’insécurité alimentaire sévère, un chiffre qui dépasse les projections initiales des organismes humanitaires.

Des stocks épuisés avant la fin du mois de juin

Dans les marchés de Maroua, Mora et Kousseri, les prix des céréales de base — sorgho, mil et maïs — ont augmenté de 15 à 22 % par rapport à la même période en 2025, selon les données collecteées par le Système d’alerte précoce (SAP). Les ménages les plus vulnérables, notamment les familles déplacées par les conflits et celles dont le chef de famille est absent, ont épuisé leurs réserves dix à quinze jours plus tôt que d’habitude. Des pratiques d’adaptation risquées ont été observées : consommation de feuilles sauvages, réduction du nombre de repas journaliers à un seul, vente prématurée de bétail à des prix déprimés.

La malnutrition aiguë infantile au cœur des préoccupations

C’est chez les enfants de moins de cinq ans que la soudure laisse les traces les plus visibles et les plus durables. Les centres de récupération nutritionnelle intensive (CRENI) de la région enregistrent depuis la mi-juin une augmentation significative des admissions pour malnutrition aiguë sévère (MAS). L’UNICEF et ses partenaires ont intensifié la distribution d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE) dans les zones les plus éloignées, mais l’accès reste contraint par les premières pluies qui rendent certaines pistes praticables uniquement pour les motos ou les à-pieds. Le taux de malnutrition aiguë globale (MAG) dans certains arrondissements de la région du Mayo-Tsanaga dépasse le seuil d’urgence de 15 %, déclenchant des plans de réponse accélérée.

Les acteurs humanitaires sous pression financière

Le Plan de réponse humanitaire (PRH) 2026 pour le Cameroun reste financé à moins de 40 % de ses besoins totaux à la mi-juin, selon les chiffres publiés par OCHA. Dans ce contexte de sous-financement chronique, les agences onusiennes et les ONG nationales et internationales présentes dans l’Extrême-Nord sont contraintes de faire des arbitrages douloureux entre les différents volets de l’aide : sécurité alimentaire, nutrition, eau-hygiène-assainissement et protection. Le gouvernement camerounais a annoncé une contribution supplémentaire au Fonds humanitaire du pays pour faire face aux besoins de la soudure, mais son montant n’a pas encore été officiellement confirmé. Les populations locales, pour leur part, déploient des stratégies de solidarité communautaire traditionnelles, comme le système de prêt de céréales entre voisins, qui restent indispensables pour combler les lacunes de l’aide formelle.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV · Sources : OCHA Cameroun, UNICEF, PAM, cadre harmonisé T1 2026