Une nouvelle force de contestation des juntes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) monte en puissance. L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), créée par des expatriés maliens, nigériens et burkinabè installés en Europe et en Amérique du Nord, a intensifié ses activités de lobbying international et de pression diplomatique en juin 2026. Cette organisation civile revendique une approche pacifique et démocratique pour challenger les régimes militaires de Bamako, Niamey et Ouagadougou, à travers la bataille des idées et des réseaux institutionnels internationaux.
Une stratégie fondée sur la diplomatie et la bataille narrative
Contrairement aux mouvements armés qui tentent de déstabiliser les juntes depuis leurs bases extérieures, l’ADS mise sur une approche de soft power. Ses membres, parmi lesquels d’anciens diplomates, avocats, journalistes et professeurs d’université issus des trois pays de la confédération, multiplient les auditions devant les parlements européens, les tribunes dans les médias internationaux et les interventions dans les enceintes onusiennes. Leur argumentaire principal : les juntes, en fermant les espaces politiques et médiatiques, aggravent les conditions qui ont permis à l’extrémisme jihadiste de prospérer, et elles ne peuvent donc être la solution au problème qu’elles prétendent résoudre. L’offensive du Front de libération de l’Azawad (FLA) du 25 avril, qui a révélé les failles sécuritaires des juntes et de leurs alliés russes, a renforcé leur argumentaire.
La CEDEAO et la communauté internationale à la recherche d’interlocuteurs
La CEDEAO, qui a adopté une nouvelle stratégie 2026-2028 articulée autour de cinq piliers dont le dialogue politique avec l’AES, cherche des canaux de communication avec les sociétés civiles des trois pays confédérés. L’ADS se positionne comme un interlocuteur légitime, reflétant à la fois la diaspora et les réseaux intellectuels qui ne peuvent pas s’exprimer librement sur place. Plusieurs ambassades européennes ont reçu des délégations de l’ADS en mai et juin 2026. Les juntes, pour leur part, ont qualifié ces initiatives de manœuvres néocoloniales à la solde des puissances occidentales, une accusation que l’ADS rejette catgoriquement, rappelant que ses membres financent leurs activités sans subventions étrangères.
L’opinion publique au Sahel, un terrain contesté
Sur le terrain, la popularité des juntes, fondée sur un nationalisme antifrançais vigoureux et des promesses sécuritaires, reste réelle dans une partie de la population urbaine, notamment chez les jeunes. Mais l’ADS souligne que cette popularité se mesure dans un contexte de répression de toute dissidence, de fermeture des médias indépendants et d’absence d’enquêtes d’opinion fiables. Les crises alimentaires persistantes, la non-amélioration substantielle de la sécurité dans les zones rurales et l’aggravation des indicateurs de développement humain constituent selon l’ADS les arguments les plus concrets contre la légitimité de ces régimes à long terme. La bataille pour l’opinion publique au Sahel s’annonce encore longue et difficile.