L’anémie ferriprive — carence en fer entraînant une production insuffisante d’hémoglobine et donc un apport réduit d’oxygène aux tissus — est l’une des pathologies les plus répandues mais les moins médiatisées du continent africain. Le 18 juin 2026, un symposium spécialisé organisé à l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba, au Sénégal, a réuni des professionnels de santé, des chercheurs et des étudiants pour mettre en lumière l’ampleur de ce problème de santé publique et explorer les solutions disponibles dans le contexte africain.
Un fléau qui touche massivement femmes et enfants
En Afrique subsaharienne, l’anémie ferriprive affecte en priorité les groupes les plus vulnérables : les femmes enceintes, les femmes en période post-partum, les enfants de moins de cinq ans et les adolescentes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 40 % des femmes enceintes en Afrique subsaharienne sont anémiques, avec des pics allant jusqu’à 60-70 % dans certaines sous-régions. Les causes sont multiples : insuffisance des apports alimentaires en fer (viandes, légumineuses, légumes verts), faible biodiponibilité du fer dans les régimes alimentaires basés sur les céréales, co-infection parasitaire (paludisme, ankylostomes) aggravant les pertes sanguines, et accès limité aux soins prénataux pour les populations rurales.
Les conséquences sanitaires et économiques sous-estimées
Les experts réunis à Touba ont souligné les conséquences souvent sous-estimées de l’anémie ferriprive sur les individus et les sociétés. Chez les femmes enceintes, elle augmente significativement le risque de mort maternelle, de prématurité et de faible poids à la naissance. Chez les enfants, elle compromet le développement cognitif et les performances scolaires, créant un cercle vicieux d’appauvrissement intellectuel et économique. À l’échelle macroéconomique, l’OMS estime que l’anémie réduit la productivité du travail de l’ordre de 10 à 15 % dans les pays les plus touchés, ce qui représente un manque à gagner énorme pour des économies déjà sous pression. La prise en charge effective de ce problème constituerait donc un investissement rentable en termes de développement humain et économique.
Des solutions disponibles qui peinent à atteindre les populations
Le symposium de Touba a mis en avant plusieurs leviers d’action reconnus. La supplémentation en fer et en acide folique pour les femmes enceintes est recommandée depuis des décennies par l’OMS mais reste insuffisamment implémentée dans les systèmes de santé africains, faute de financements et de chaînes logistiques fiables. La fortification des aliments de base (farine, sel, huile) en fer et en micronutriments représente une solution à grande échelle qui a déjà prouvé son efficacité dans plusieurs pays. L’éducation nutritionnelle et la promotion de la diversification alimentaire auprès des communautés, notamment dans les zones rurales, constituent le troisième pilier d’une stratégie globale. Les participants au symposium ont appelé les gouvernements africains et leurs partenaires à intégrer la lutte contre l’anémie dans les plans nationaux de santé mère-enfant avec des ressources dédiées et des indicateurs de suivi rigoureux.