La lutte contre le paludisme franchit une étape majeure sur le continent africain : selon l’Organisation mondiale de la santé, vingt-cinq pays déploient désormais des vaccins antipaludiques, dont neuf des dix nations les plus touchées qui les administrent à grande échelle. Mais cette avancée historique est assombrie par une menace grandissante : l’émergence de résistances aux traitements de référence.
Une montée en puissance spectaculaire de la vaccination
Les chiffres témoignent d’une accélération inédite : en 2025, 28,3 millions de doses de vaccin antipaludique ont été distribuées en Afrique, soit une augmentation de 169 % par rapport à l’année précédente. Plus de dix millions d’enfants ont été vaccinés cinq ans après le lancement de la campagne par l’OMS. Cette généralisation, soutenue par Gavi, l’OMS et l’UNICEF, représente un espoir considérable pour le continent qui concentre l’immense majorité des décès liés à cette maladie, en grande partie des enfants de moins de cinq ans.
La résistance à l’artémisinine, une menace émergente
Alors que la campagne de vaccination s’étend, un défi de taille se dessine : l’émergence de résistances complique la prévention et le traitement à travers le continent. Des études génomiques récentes confirment que la résistance à l’artémisinine, molécule au cœur des traitements actuels, ne provient plus uniquement des schémas de propagation venus d’Asie du Sud-Est, mais apparaît désormais de manière indépendante au sein des pays africains. La Namibie a ainsi signalé deux fois et demie plus de cas durant les trois premiers mois de 2026 que sur toute l’année 2024.
Le financement, talon d’Achille de la riposte
Au-delà des défis scientifiques, c’est la question du financement qui menace les acquis. En raison de lacunes budgétaires, les pays devront opérer des choix difficiles que Gavi estime susceptibles de se traduire par 600 000 vies de moins sauvées d’ici la fin de la décennie. Pour les systèmes de santé africains, déjà sous tension, le maintien des financements internationaux est crucial. La généralisation des vaccins ne portera pleinement ses fruits que si elle s’accompagne d’une surveillance renforcée des résistances et d’un soutien financier pérenne.