Dans son rapport de mi-année sur la lutte antipaludéenne, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un bilan contrastée de la situation en Afrique subsaharienne, région qui concentre plus de 90 % des cas mondiaux de paludisme. Si des avancées réelles ont été enregistrées grâce à la vaccination et aux moustiquaires impregnées, plusieurs signaux d’alarme fragilisent ces acquis.
Des résistances aux insecticides en progression inquiétante
L’OMS signale une montée des résistances du moustique Anopheles aux insecticides de dernière génération dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Cette évolution génétique, amplifiée par un usage excessif des insecticides agricoles, réduit l’efficacité des moustiquaires impregnées à longue durée d’action (MILDA), pierre angulaire de la lutte antipaludéenne depuis deux décennies. L’institution onusienne appelle à diversifier les outils de lutte vectorielle et à accélérer le déploiement des moustiquaires de nouvelle génération associant deux principes actifs.
Le vaccin RTS,S progresse mais ne suffit pas
Le déploiement à grande échelle du vaccin antipaludéen RTS,S (commercialisé sous le nom Mosquirix) se poursuit dans dix-sept pays africains. Les résultats montrent une réduction significative des cas graves chez l’enfant, mais le taux de couverture reste insuffisant dans les zones d’accès difficile. Les zones de conflit et d’insécurité, comme l’Extrême-Nord du Cameroun et le Sahel, cumulent une incidence élevée du paludisme et une couverture vaccinale inférieure à 40 %, créant des poches de vulnérabilité persistantes.
Un appel urgent au financement de la santé publique africaine
Le rapport de l’OMS souligne que les financements extérieurs dédiés à la lutte antipaludéenne stagnent depuis 2023, alors que les besoins augmentent. Le Fonds mondial, principal bailleur de la riposte paludisme-tuberculose-VIH sur le continent, appelle à un abondement urgent de ses réserves avant la période de haute transmission correspondant aux mois de juillet à octobre. L’OMS plaide également pour un renforcement de la capacité de production locale de médicaments antipaludéens en Afrique, condition de la souveraineté sanitaire du continent.