Près de deux ans après la création de la Confédération des États du Sahel (AES), le fossé entre Mali, Burkina Faso et Niger et leurs anciens partenaires de la CEDEAO ne cesse de se creuser. L’alliance renforce simultanément ses liens stratégiques avec la Russie, allant jusqu’à signer des accords de coopération dans le domaine nucléaire pacifique, une évolution qui recompose profondément l’échiquier géopolitique ouest-africain.
Des accords avec Moscou qui vont au-delà du militaire
Si la coopération militaire entre les juntes saheliennes et la Russie — matérialisée notamment par la présence du groupe Afrika Corps — est documentée depuis plusieurs mois, 2026 marque un tournant avec la signature d’accords dépassant le seul domaine sécuritaire. Des mémorandums d’entente portant sur la coopération énergétique et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire ont été paraphés avec Rosatom, l’agence nucléaire russe. Ces accords visent à terme l’implantation de mini-réacteurs nucléaires mobiles pour l’électrification des zones isolées au Mali et au Burkina Faso.
La CEDEAO cherche un canal de dialogue
Malgré la rupture consommée, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) maintient des canaux informels de communication avec les capitales de l’AES. La commission de la CEDEAO a mandaté plusieurs médiateurs pour explorer les conditions d’une désescalade, notamment sur les questions de libre-circulation des personnes et de gestion des frontières. Les populations civiles pâtissent directement de la tension, à travers des restrictions aux échanges commerciaux et des problèmes d’accès aux soins pour les ressortissants des pays AES dans les États membres de la CEDEAO.
Une stratégie sécuritaire encore insuffisante sur le terrain
À mi-2026, les observateurs indépendants constatent que la stratégie sécuritaire mise en avant pour justifier les coups d’État n’a pas encore significativement réduit le contrôle territorial des groupes djihadistes. Le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) maintiennent des présences importantes dans plusieurs zones rurales. Malgré tout, les juntes restent populaires dans leurs pays respectifs, portées par un discours de souveraineté et un rejet des partenariats occidentaux jugés inégaux par une partie de la jeunesse africaine.