Avec l'arrivée imminente des premières pluies sur le plateau de l'Adamaoua, les tensions entre communautés d'éleveurs mbororos et d'agriculteurs sédentaires refont surface avec acuité. La direction régionale des affaires pastorales à Ngaoundéré a enregistré, depuis janvier 2026, près de 140 conflits liés à la divagation du bétail sur les champs en préparation, soit une hausse de 22 % par rapport à la même période en 2025.
Des couloirs de transhumance de plus en plus rétrécis
L'extension des surfaces cultivées et la sédentarisation croissante d'une partie des éleveurs réduisent année après année les couloirs de transhumance traditionnels. Le recensement mené en 2024 par le ministère de l'Elevage avait chiffré à 38 % la proportion de couloirs officiels déjà obstrués par des installations agricoles ou des constructions dans la région de l'Adamaoua. Les mares et points d'eau partagés constituent un autre foyer de tension, notamment dans les arrondissements de Meiganga et de Banyo.
La médiation communautaire mise à l'épreuve
Le Comité régional de gestion des conflits agropastoraux, composé de chefs traditionnels, de représentants des deux communautés et de l'administration locale, a tenu une session d'urgence le 24 juin à Ngaoundéré. Les participants ont appelé à une application stricte de la loi pastorales de 2022, qui impose des zones tampon autour des périmètres cultivés. Des projets de sécurisation foncière, financés par la FAO et l'Union européenne, sont également en cours de déploiement dans cinq localités pilotes.
Un enjeu alimentaire régional
L'Adamaoua fournit une part significative de la viande bovine consommée dans les grandes villes camerounaises, notamment Yaoundé et Douala. Toute perturbation du cycle de transhumance a des répercussions directes sur les marchés de bétail de Ngaoundéré et de Meiganga, et in fine sur les prix de détail. Les autorités régionales entendent renforcer les dispositifs d'alerte précoce avant le pic de la saison des pluies prévu en août.