Face à la percée des stablecoins et des actifs numériques privés dans les usages de paiement, la Banque des États de l'Afrique centrale a choisi son camp : ce sera un franc CFA numérique, émis et garanti par l'institut d'émission, calibré à parité stricte avec la monnaie en circulation.
Contrer les jetons privés sans interdire l'innovation
L'orientation, formalisée en mai 2026 lors d'une conférence internationale à Dakar, traduit une préoccupation croissante des banques centrales africaines : éviter que des jetons adossés au dollar ne s'installent dans les transactions courantes, au détriment de la souveraineté monétaire régionale.
En proposant une monnaie numérique de banque centrale, la BEAC entend offrir aux usagers les avantages des paiements instantanés et programmables, tout en conservant la maîtrise de l'émission et la stabilité du cadre monétaire de la zone CEMAC.
Un chantier technique et réglementaire considérable
La mise en œuvre supposera des choix structurants : architecture technologique, plafonds de détention, articulation avec les banques commerciales et les opérateurs de mobile money, dont le rôle est central dans l'inclusion financière en Afrique centrale.
Le projet s'inscrit dans un contexte monétaire plus favorable : l'inflation est maîtrisée dans la sous-région et la reconstitution des réserves de change a permis à la BEAC d'assouplir sa politique, avec un taux directeur ramené à 4,50 %.
Une course continentale engagée
La BEAC n'est pas seule sur ce terrain : plusieurs banques centrales du continent explorent des monnaies numériques souveraines, tandis que la BCEAO expérimente de son côté l'interconnexion des systèmes de paiement en Afrique de l'Ouest.
Pour les économies de la CEMAC, confrontées à une croissance attendue en repli à 2,9 % cette année, la numérisation de la monnaie commune pourrait aussi devenir un levier de modernisation des paiements publics et du commerce intra-régional.