L'épidémie de choléra déclarée fin juin dans l'Extrême-Nord du Cameroun a franchi un nouveau palier : plus de 580 cas et 19 décès ont été recensés, et sept des trente-sept districts de santé que compte la région sont désormais concernés. Les autorités sanitaires et administratives ont réévalué cette semaine leur dispositif de riposte.
Sept districts touchés, les 5-14 ans en première ligne
Les analyses de laboratoire ont confirmé la circulation du Vibrio cholerae O1 Ogawa, sérotype classiquement responsable des flambées observées dans le bassin du lac Tchad. Depuis les premiers signalements de fin juin, la courbe épidémique n'a pas fléchi : le bilan est passé de 166 cas et 10 décès sur l'ensemble du premier semestre à plus de 580 cas et 19 décès en quelques semaines seulement.
La tranche d'âge des 5 à 14 ans est la plus affectée. Ce profil, inhabituel pour une maladie qui frappe souvent d'abord les adultes actifs et les très jeunes enfants, renvoie aux conditions d'accès à l'eau et à l'hygiène dans les écoles, les marchés et les lieux de rassemblement de la région.
Le Logone-et-Chari, département frontalier du Tchad et du Nigeria, concentre une part importante des notifications. La mobilité des populations, la promiscuité dans les zones d'accueil de déplacés et la persistance de l'insécurité y compliquent le travail des équipes d'intervention.
Une flambée transfrontalière
L'épidémie camerounaise ne peut être lue isolément. Le Nigeria voisin fait face à sa propre flambée depuis mai 2026, et les circuits commerciaux qui relient Kousséri, Maroua et les marchés nigérians constituent autant de voies de diffusion possibles du vibrion.
Cette dimension transfrontalière impose une coordination qui dépasse les capacités d'une seule délégation régionale de la santé publique. Les échanges avec les services sanitaires tchadiens et nigérians deviennent, dans ce contexte, une composante à part entière de la riposte plutôt qu'un supplément diplomatique.
Les points d'entrée routiers et les gares routières ont commencé à faire l'objet d'opérations de désinfection, notamment dans les agences de transport du Logone-et-Chari, où transitent quotidiennement des centaines de voyageurs.
Vaccins demandés, chaîne de l'eau à sécuriser
Une demande de doses de vaccin anticholérique oral doit être adressée aux partenaires internationaux. Ces campagnes réactives, déployées en anneau autour des foyers actifs, ont montré leur efficacité dans plusieurs pays du Sahel, à condition d'être lancées assez tôt et de couvrir des populations suffisamment larges.
Mais le vaccin ne dispense pas du travail de fond. Le choléra est avant tout une maladie de l'eau : tant que l'approvisionnement en eau potable reste discontinu dans les quartiers périphériques de Maroua, de Kousséri ou de Mora, le risque de résurgence demeure à chaque saison des pluies.
Les autorités administratives et sanitaires ont fait le point pour mesurer l'impact des interventions engagées et identifier les blocages, afin d'ajuster le dispositif. La question du financement de la chaîne de traitement de l'eau et de la prise en charge gratuite des malades reste, elle, entière.