La Banque des États de l'Afrique centrale a desserré sa politique monétaire. Le taux d'intérêt des appels d'offres, principal instrument de la banque centrale, passe de 4,75 % à 4,50 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal recule de 5,75 % à 5,25 %. Une décision prise dans un contexte où la croissance de la zone a été revue à 3,2 % pour 2026, contre 2,9 % anticipés au printemps.
Un assouplissement rendu possible par le reflux de l'inflation
La marge de manœuvre de l'institut d'émission tient à une donnée simple : l'inflation est repassée sous le seuil communautaire de 3 % fixé par les critères de convergence de la CEMAC. Après plusieurs années marquées par la flambée des prix alimentaires et énergétiques, la décrue permet à la banque centrale de déplacer son curseur de la lutte contre la hausse des prix vers le soutien à l'activité.
La baisse du taux directeur agit par un canal théoriquement direct : elle réduit le coût auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la banque centrale, et doit se répercuter sur les taux offerts aux entreprises et aux ménages. Dans les faits, la transmission reste imparfaite dans la zone, où la profondeur du système bancaire est limitée et où les banques disposent souvent de liquidités excédentaires qu'elles ne prêtent pas.
La contrainte principale au financement de l'économie en Afrique centrale n'est en effet pas le prix de l'argent, mais l'évaluation du risque. Le crédit reste concentré sur un petit nombre de grandes entreprises et sur le financement du commerce, tandis que les PME — qui forment l'essentiel du tissu productif — accèdent difficilement au crédit bancaire quel que soit le niveau des taux.
Une croissance revue à la hausse, mais inférieure à 2025
La révision de la prévision de croissance, de 2,9 % à 3,2 %, constitue une meilleure nouvelle qu'il n'y paraît, mais elle mérite d'être lue avec précaution. Le chiffre reste inférieur à la performance estimée pour 2025, année où la croissance de la sous-région aurait atteint 3,4 %. La trajectoire est donc celle d'un léger ralentissement, pas d'une accélération.
Le niveau des réserves de change constitue l'autre indicateur suivi de près. La banque centrale table sur une couverture proche de 4,72 mois d'importations, un seuil considéré comme confortable dans le cadre de l'arrimage monétaire de la zone. C'est sur ce point que se joue la crédibilité extérieure du franc CFA d'Afrique centrale, adossé à l'euro par une parité fixe.
La dynamique reste toutefois dépendante des cours des hydrocarbures, qui déterminent une large part des recettes budgétaires et des entrées de devises de plusieurs États membres. Les projections continentales retiennent d'ailleurs une amélioration en Afrique centrale essentiellement portée par le maintien de prix pétroliers élevés — une base fragile pour une croissance durable.
Vers un dispositif régional d'alerte précoce
Sur le plan institutionnel, la Commission de la CEMAC a annoncé, lors d'une réunion tenue à Brazzaville en juin 2026, la mise en place progressive d'un mécanisme régional d'alerte précoce sur la conjoncture économique. L'objectif est de détecter plus tôt les décrochages — chute de recettes, tensions de trésorerie, dérive des soldes extérieurs — et de permettre des ajustements coordonnés plutôt que des réactions en urgence.
L'initiative répond à une faiblesse ancienne : la qualité et la disponibilité des statistiques nationales dans la zone. Sans données harmonisées et publiées à intervalles réguliers, un dispositif d'alerte reste théorique. C'est le premier chantier à mener pour que l'outil produise autre chose que des rapports.
Pour le Cameroun, première économie de la sous-région, ces décisions ont une portée immédiate. Le coût du refinancement bancaire pèse sur les conditions de crédit offertes aux entreprises, y compris dans le Septentrion où les besoins de financement agricole et commercial sont importants. Reste que l'accès au crédit y demeure d'abord une affaire de garanties exigées et de présence bancaire, deux dimensions sur lesquelles un taux directeur n'a aucune prise.