LE SAHEL TVL’info africaine 24h/24
← Retour à l’accueil
Société

Jeunesse africaine : l’optimisme remonte, mais l’emploi reste la priorité absolue

Jeunes reunis autour d une activite d apprentissage, illustration generique de la jeunesse africaine

Une enquête menée auprès de 4 901 jeunes âgés de 18 à 24 ans dans seize pays africains dessine le portrait d’une génération plus confiante qu’à aucun moment depuis la pandémie, mais dont les attentes se concentrent sur deux exigences précises : des emplois correctement rémunérés et une gouvernance débarrassée de la corruption.

Un optimisme qui remonte, mais très inégalement réparti

La part de jeunes estimant que le continent va dans la bonne direction s’établit à 43 %, contre 37 % deux ans plus tôt. Plus de la moitié des personnes interrogées, 51 %, se disent optimistes ou enthousiastes quant à l’avenir de leur pays. La tendance générale est à la remontée, après plusieurs années marquées par les conséquences économiques de la crise sanitaire.

Les moyennes continentales masquent cependant des écarts considérables. Le Rwanda affiche le niveau de confiance le plus élevé, avec 91 % de jeunes estimant leur pays sur la bonne voie. À l’autre extrémité, seuls 23 % des jeunes Sud-Africains partagent ce sentiment, et 25 % se disent enthousiastes pour l’avenir.

Ces écarts recoupent largement la perception des perspectives économiques locales. Là où la croissance se traduit par des créations d’emplois visibles, la confiance progresse ; là où le chômage des jeunes atteint des niveaux structurellement élevés, elle s’effondre, indépendamment des indicateurs macroéconomiques agrégés.

Démocratie oui, modèle importé non

Sur le terrain politique, l’enquête livre un résultat en apparence contradictoire. Une large majorité, 73 %, considère que la démocratie est toujours préférable à toute autre forme de gouvernement, et 64 % rejettent le parti unique. Mais 56 % estiment dans le même temps que la démocratie de type occidental n’est pas adaptée à l’Afrique.

Cette double lecture mérite d’être prise au sérieux plutôt qu’interprétée comme une incohérence. Elle traduit une demande de représentation et de reddition de comptes, assortie d’une défiance envers des dispositifs institutionnels perçus comme transposés sans adaptation aux réalités sociales locales.

Elle éclaire aussi le climat politique de plusieurs régions du continent, où les jeunes générations expriment simultanément un attachement aux libertés publiques et une exaspération vis-à-vis d’élites jugées installées. Les priorités citées le confirment : la création d’emplois bien rémunérés arrive en tête à 27 %, suivie de la lutte contre la corruption à 25 %.

La ZLECAf, un chantier qui reste à expliquer

Le résultat le plus frappant concerne l’intégration économique. Seuls 22 % des jeunes de 18 à 24 ans interrogés déclarent connaître la Zone de libre-échange continentale africaine, pourtant présentée depuis des années comme le principal projet économique du continent.

Ce déficit de notoriété a des conséquences concrètes. Les bénéfices attendus de la zone reposent en grande partie sur l’initiative de petites entreprises et de commerçants transfrontaliers, souvent jeunes, qui doivent connaître les règles d’origine et les procédures simplifiées pour en tirer parti. Un dispositif ignoré de ses bénéficiaires potentiels produit peu d’effets.

Pour les pays d’Afrique centrale, dont les échanges intra-régionaux restent parmi les plus faibles du continent, l’enjeu est particulièrement net. Traduire un accord commercial en opportunités réelles suppose un travail d’information à l’échelle des marchés, des chambres consulaires et des établissements de formation : c’est là que se joue la différence entre un texte et une pratique.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV