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Politique

Crise post-électorale : la bataille de légitimité camerounaise se déplace vers les tribunaux étrangers

Bâtiment parlementaire, illustration générique des institutions publiques

La contestation du scrutin présidentiel d'octobre 2025 a changé de terrain. Après les recours internes et les mobilisations de rue, l'opposant Issa Tchiroma Bakary, réfugié à l'étranger depuis novembre 2025, a engagé une série de procédures devant des juridictions européennes. Une nouvelle plainte, déposée en Suisse, vise une vingtaine de personnalités du régime.

Le mécanisme de la compétence universelle

La compétence universelle permet à la justice d'un État de connaître de faits commis à l'étranger, par des étrangers et contre des étrangers, lorsque ces faits relèvent des crimes les plus graves du droit international. Plusieurs pays européens, dont la France et la Suisse, ont intégré ce mécanisme dans leur droit interne avec des conditions de recevabilité variables.

En juin 2026, deux plaintes avaient été déposées devant le tribunal judiciaire de Paris, visant le chef de l'État camerounais et une vingtaine de hauts responsables, parmi lesquels le président du Conseil constitutionnel, le directeur général des élections et le délégué général à la Sûreté nationale.

L'ouverture d'une seconde voie en Suisse répond à une logique de multiplication des points d'entrée. Les plaignants misent sur la diversité des régimes procéduraux : une plainte jugée irrecevable dans un pays peut prospérer dans un autre, en fonction des critères de rattachement retenus.

Ce que peuvent, et ne peuvent pas, ces procédures

Il faut distinguer le dépôt d'une plainte de son aboutissement. Une plainte ne préjuge en rien de l'ouverture d'une enquête, et encore moins d'une mise en accusation. Les parquets européens saisis au titre de la compétence universelle disposent d'une large marge d'appréciation et classent une majorité des dossiers.

S'y ajoute l'obstacle des immunités. Le droit international coutumier protège les chefs d'État en exercice contre les poursuites devant les juridictions étrangères, une règle constamment rappelée par la Cour internationale de justice. Les collaborateurs, en revanche, ne bénéficient pas de la même protection absolue.

L'effet recherché est donc largement politique et diplomatique : maintenir le dossier camerounais dans l'actualité internationale, contraindre les personnes visées à anticiper leurs déplacements, et documenter judiciairement les événements post-électoraux. C'est une stratégie de long terme, pas un levier immédiat.

Une crise qui s'installe dans la durée

Le scrutin du 12 octobre 2025 avait donné Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des suffrages, devant Issa Tchiroma Bakary crédité de 35,19 %. Le second a rejeté ces résultats et revendique depuis la victoire, dans un affrontement avec celui qui fut longtemps son allié gouvernemental.

Les mois qui ont suivi ont été marqués par des manifestations, en particulier à Douala et à Garoua, et par leur répression, avec un bilan humain que l'opposition chiffre en dizaines de morts et plusieurs milliers d'interpellations. Ces chiffres, avancés par une partie prenante au conflit, n'ont pas fait l'objet d'un décompte indépendant public.

Dix mois après le scrutin, aucune sortie de crise négociée ne se dessine. Le pouvoir s'appuie sur la validation constitutionnelle des résultats ; l'opposition sur la contestation internationale. Entre les deux, le calendrier des élections législatives et municipales pourrait rebattre partiellement les cartes.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV