Les six États de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale prévoient de mobiliser environ 3 906,5 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics au cours de l'année 2026, soit près de sept milliards de dollars. Un montant qui traduit une réorientation durable du financement des budgets vers l'épargne locale.
Pourquoi les États se tournent vers le marché régional
Le marché des titres publics de la sous-région permet aux Trésors nationaux d'émettre des bons à court terme et des obligations à moyen terme, souscrits principalement par les banques commerciales de la zone. L'avantage est double : la dette est libellée en monnaie locale, ce qui élimine le risque de change, et les procédures sont plus rapides qu'une opération internationale.
Le contexte extérieur explique en grande partie cet engouement. Les conditions de financement sur les marchés internationaux sont restées exigeantes pour les émetteurs africains, avec des primes de risque qui renchérissent le coût des eurobonds. À coût comparable, l'épargne régionale devient une alternative rationnelle.
L'inconvénient est connu des économistes : plus les États absorbent la liquidité bancaire disponible, moins il en reste pour le crédit au secteur privé. Ce phénomène d'éviction pèse sur le financement des entreprises, dans une zone où le taux de bancarisation reste faible.
Une zone qui stabilise ses fondamentaux
Le cadre macroéconomique s'est amélioré. La banque centrale a ramené son taux directeur à 4,50 %, une détente rendue possible par le reflux de l'inflation et la reconstitution des réserves de change, dont la couverture est projetée autour de 4,7 mois d'importations.
La croissance attendue pour la zone en 2026 s'établit à 3,2 %, légèrement en retrait par rapport à l'estimation de 3,4 % pour 2025. Ce rythme reste insuffisant pour absorber la croissance démographique et faire reculer significativement le sous-emploi.
Les investissements directs étrangers ont atteint 1,9 milliard de dollars en 2025 dans la zone, un niveau modeste au regard du potentiel affiché en matière d'hydrocarbures, de mines et de foresterie. La question de l'attractivité réglementaire reste centrale dans les diagnostics des bailleurs.
Ce que cela change pour les économies nationales
Le recours massif au marché régional crée une interdépendance nouvelle : la signature d'un État influence les conditions offertes à ses voisins, puisque les investisseurs sont largement les mêmes. Un incident de paiement isolé aurait des effets de contagion immédiats sur les taux de toute la zone.
La question de la soutenabilité se pose dès lors moins en niveau qu'en profil d'échéances. Une dette de court terme reconduite en permanence expose les Trésors à un risque de refinancement, en particulier lors des périodes de tension sur la liquidité bancaire.
Plusieurs secteurs montrent par ailleurs des signes de reprise, notamment les transports, les télécommunications et le tourisme, avec des dynamiques plus marquées dans certains États de la zone. C'est de l'élargissement de la base fiscale, plus que du volume des émissions, que dépendra l'équilibre des prochains exercices.