La Banque des États de l'Afrique centrale évalue la progression du produit intérieur brut centrafricain à 3,1 %, un rythme jugé encourageant pour un pays sortant d'une longue séquence d'instabilité. Le Fonds monétaire international, lui, insiste sur les risques budgétaires attachés au cycle électoral et à la fragilité des recettes.
Deux lectures d'une même économie
La banque centrale régionale fonde son diagnostic sur la reprise de l'activité forestière, la tenue de la production agricole et une amélioration de la circulation sur les corridors d'approvisionnement, qui réduit mécaniquement les coûts d'importation.
L'institution de Bretton Woods ne conteste pas ces éléments mais déplace la focale vers la soutenabilité. Un taux de croissance de 3,1 % suffit à peine à suivre la progression démographique, ce qui laisse le revenu par habitant quasiment inchangé.
Cette divergence de perspective est habituelle : une banque centrale raisonne en agrégats monétaires et en équilibre extérieur régional, un bailleur en capacité de remboursement et en discipline budgétaire. Les deux lectures se complètent plus qu'elles ne s'opposent.
Le cycle électoral, variable budgétaire
Les périodes électorales pèsent traditionnellement sur les finances publiques des États fragiles : dépenses d'organisation du scrutin, sécurisation du territoire, tensions sur la masse salariale et report des réformes impopulaires.
Dans un pays où les recettes intérieures représentent une part modeste du produit intérieur brut et où l'appui budgétaire extérieur reste déterminant, tout dérapage se traduit rapidement par des arriérés de paiement, y compris sur les salaires de la fonction publique.
Le Fonds insiste par conséquent sur l'élargissement de l'assiette fiscale et la sécurisation des recettes douanières, deux chantiers qui supposent un contrôle effectif du territoire et une administration fiscale opérationnelle au-delà de la capitale.
Ce que cela signifie pour la zone CEMAC
La Centrafrique pèse peu dans le produit intérieur brut de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, mais elle participe au dispositif de réserves de change commun, dont le niveau conditionne la crédibilité du régime monétaire régional.
La banque centrale a récemment abaissé ses taux directeurs pour soutenir l'activité, un assouplissement rendu possible par le reflux de l'inflation et la reconstitution partielle des réserves. Cette marge de manœuvre reste étroite et réversible.
L'enjeu pour Bangui est donc double : profiter d'un environnement monétaire régional plus favorable pour financer l'investissement, sans laisser le calendrier politique intérieur dégrader des équilibres budgétaires péniblement reconstitués.