Dans la nuit du 21 août 1986, un nuage de gaz carbonique s'échappait du lac Nyos, au Cameroun, asphyxiant 1 746 personnes dans leur sommeil. Quarante ans plus tard, jour pour jour, des cérémonies organisées par des associations de survivants ont marqué l'anniversaire. Elles se sont tenues sans monument national ni commémoration officielle d'ampleur, ce que les familles vivent comme une seconde blessure.
Une nuit d'août 1986
Le lac Nyos est un lac de cratère situé dans une région de hauts plateaux volcaniques. Dans la nuit du 21 août 1986, une libération brutale du dioxyde de carbone accumulé dans ses profondeurs a formé un nuage plus dense que l'air, qui a dévalé les vallées environnantes.
Le bilan officiel s'établit à 1 746 morts, auxquels s'ajoutent des milliers de têtes de bétail. Des villages entiers ont été retrouvés sans survivants au petit matin. Le phénomène, alors mal connu, a mobilisé une communauté scientifique internationale et conduit, des années plus tard, à l'installation de dispositifs de dégazage destinés à réduire la concentration de gaz dissous.
L'événement figure parmi les catastrophes naturelles les plus meurtrières recensées sur le continent au vingtième siècle, et reste l'un des rares cas documentés d'éruption limnique de cette ampleur.
Des survivants toujours en attente
La réinstallation des familles déplacées après la catastrophe demeure largement inachevée. Plusieurs sites d'accueil aménagés dans les années qui ont suivi ont été abandonnés ou dégradés, faute d'entretien et de perspectives économiques.
La crise qui affecte les régions anglophones depuis 2016 a aggravé la situation : une partie des infrastructures construites après 1986 a été détruite ou rendue inaccessible, et les déplacements dans la zone sont devenus difficiles.
Les descendants des victimes évoquent aussi une question symbolique : l'absence de sépultures identifiées pour un grand nombre de morts, enterrés dans l'urgence, et l'absence de lieu de recueillement reconnu.
Une mémoire portée par les associations
Les cérémonies du 21 août 2026 ont été organisées par des associations de survivants et relayées sur les réseaux sociaux. Elles réclament un mémorial, une reconnaissance officielle et l'inscription de la catastrophe dans les programmes scolaires.
Au-delà de la mémoire, la question scientifique reste posée : le maintien en état des colonnes de dégazage installées sur le lac conditionne la sécurité des populations qui vivent en aval. Leur suivi technique et son financement sont régulièrement évoqués par les spécialistes.
Aucune annonce officielle relative à un monument national ou à une commémoration institutionnelle n'a été rendue publique à la date de cet anniversaire.