À quatre jours de la rentrée scolaire fixée au 7 septembre 2026, les autorités camerounaises ont engagé un tour de vis dans l'enseignement privé. Selon les décisions relayées par la presse spécialisée, 803 établissements du primaire jugés clandestins ou non conformes ont été fermés, et la réception des demandes de création d'écoles privées est suspendue pour trois mois renouvelables. Le secondaire n'est pas épargné, avec 105 établissements concernés par une décision signée le 20 juillet.
Un assainissement décidé à la veille de la rentrée
Les fermetures annoncées visent des établissements ouverts sans autorisation, installés dans des locaux inadaptés, ou dont les conditions d'hygiène et de sécurité ne répondent pas aux normes fixées par la réglementation. La région du Centre concentrerait à elle seule 191 des 803 écoles primaires fermées, signe d'une concentration du phénomène dans les grandes agglomérations où la demande scolaire dépasse largement l'offre publique.
Dans le secondaire, le ministère des Enseignements secondaires a de son côté retenu 105 établissements, la région du Littoral rassemblant à elle seule environ la moitié des structures sanctionnées. Là encore, la logique invoquée est celle de l'assainissement d'un secteur qui s'est développé plus vite que les capacités de contrôle de l'administration.
La suspension, pour trois mois renouvelables, de la réception et de l'examen des dossiers de création de nouvelles écoles primaires privées constitue le second volet de la mesure. Elle revient à geler temporairement l'expansion du secteur, le temps de remettre à plat les procédures d'agrément.
Une offre privée devenue indispensable, et donc difficile à réguler
L'enseignement privé occupe une place structurante dans le système éducatif camerounais, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées et dans les régions où le déficit d'écoles publiques est le plus marqué. Des milliers de familles n'ont pas d'alternative de proximité : fermer un établissement, c'est parfois laisser un quartier entier sans solution à quelques jours de la rentrée.
C'est tout le dilemme de ces campagnes d'assainissement, périodiquement relancées à l'approche de septembre. Elles répondent à un impératif de sécurité et de qualité difficilement contestable, mais leur calendrier tardif laisse peu de marge aux parents pour réinscrire leurs enfants ailleurs.
Les associations de parents d'élèves réclament de longue date que ces contrôles soient conduits en cours d'année plutôt qu'à la veille de la reprise, et que les listes d'établissements concernés soient largement diffusées, y compris en langues locales et par la radio, pour atteindre les familles les moins connectées.
Un enjeu particulier pour le Septentrion
Dans les régions du Nord, de l'Adamaoua et de l'Extrême-Nord, la question ne se pose pas exactement dans les mêmes termes que dans le Centre ou le Littoral. L'offre privée y est plus rare, souvent portée par des structures confessionnelles ou communautaires, et le premier obstacle à la scolarisation demeure l'accès physique à l'école, la distance et le coût, plus que la prolifération d'établissements clandestins.
L'insécurité résiduelle dans plusieurs départements frontaliers de l'Extrême-Nord ajoute une contrainte supplémentaire, avec des écoles qui ont fermé ces dernières années pour des raisons sécuritaires et dont la réouverture dépend de la présence des forces de défense et du retour des enseignants.
Le succès de cette rentrée dans le Septentrion se mesurera donc moins au nombre d'établissements fermés qu'à celui des classes effectivement ouvertes le 7 septembre, avec un enseignant devant chaque groupe d'élèves. Les chiffres définitifs ne seront connus qu'après les premières semaines de cours.