Le transfert de compétences de l'État aux collectivités territoriales décentralisées progresse au Cameroun, mais à un rythme que ses bénéficiaires jugent insuffisant. En 2026, les régions disposent de 47,79 milliards de FCFA de dotations et de 117,762 milliards de fiscalité transférée. L'Association des régions du Cameroun (ARC) relève toutefois que six décrets d'application sectoriels seulement ont été signés en cinq ans, sur une vingtaine attendus.
Un cadre constitutionnel ancien, une application progressive
La Constitution du 18 janvier 1996 définit le Cameroun comme un État unitaire décentralisé. Son article 55 reconnaît la commune et la région comme les deux collectivités territoriales décentralisées, administrées par des conseils élus et dotées d'une autonomie administrative et financière.
Le processus s'est accéléré avec la mise en place effective des régions et l'adoption du code général des collectivités territoriales décentralisées. Des compétences ont été progressivement transférées dans les domaines économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif.
L'éducation de base figure parmi les secteurs où l'avancée est la plus visible : les communes interviennent désormais dans la construction et la réhabilitation des écoles maternelles et primaires, ainsi que dans la gestion du paquet minimum destiné aux établissements.
Le goulot d'étranglement des textes d'application
Un transfert de compétence n'est pleinement opérationnel qu'une fois précisées, par décret, les modalités concrètes : ce que la collectivité peut décider seule, les ressources qui accompagnent la compétence, les responsabilités qui restent à l'administration centrale. C'est précisément là que le processus achoppe.
Six décrets sectoriels signés en cinq ans sur une vingtaine attendus : le décompte de l'ARC souligne un décalage entre l'affichage politique et l'outillage juridique. En l'absence de texte, les exécutifs régionaux se trouvent parfois compétents sur le papier et démunis dans les faits.
Le second point de friction porte sur l'adéquation entre compétences et ressources. Les élus locaux font valoir que la charge transférée excède souvent la dotation correspondante, et que le calendrier de décaissement ne coïncide pas avec celui des chantiers, notamment scolaires, qui doivent être livrés avant la rentrée.
Un enjeu concret pour le Nord et l'Extrême-Nord
Dans les régions septentrionales, la décentralisation touche directement des besoins de première nécessité : construction de salles de classe, entretien des points d'eau, pistes rurales, centres de santé intégrés. Ce sont exactement les domaines où la proximité de la décision peut faire gagner des mois.
Encore faut-il que les collectivités disposent des capacités techniques correspondantes. Le recrutement de cadres compétents en passation de marchés et en maîtrise d'ouvrage reste difficile hors des grandes villes, ce qui limite la capacité d'absorption des budgets transférés.
L'enjeu des prochains mois porte donc moins sur le montant des dotations que sur la publication des décrets manquants et sur le renforcement des équipes régionales. Sans cela, les crédits inscrits risquent de rester partiellement inutilisés en fin d'exercice.