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Afrique centrale

Gabon : la détention de Bilie-By-Nze et le code de la nationalité crispent le débat public

Façade d'un palais de justice, illustration générique

Ancien Premier ministre et candidat malheureux à la présidentielle de 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nze est incarcéré depuis le printemps 2026. Sa défense conteste le fondement des poursuites et dénonce ses conditions de détention, tandis que deux autres dossiers — la suspension des réseaux sociaux et la réforme du code de la nationalité — alimentent un débat plus large sur l'état des libertés publiques au Gabon.

Une procédure contestée par la défense

Placé en détention provisoire, l'ancien chef du gouvernement fait l'objet de poursuites que ses avocats estiment infondées, en faisant notamment valoir l'ancienneté des faits reprochés. Son parti a publiquement qualifié le dossier d'« opération politique », établissant un lien direct avec ses prises de position récentes.

Parmi ces prises de position figurent des demandes de transparence sur la commande publique, l'appel à la création d'une commission vérité, justice, réparation et réconciliation, ainsi que des critiques ouvertes de la suspension des réseaux sociaux et de plusieurs dispositions du nouveau code de la nationalité.

Les autorités judiciaires, de leur côté, présentent la procédure comme une affaire de droit commun. Aucune audience de fond n'ayant encore tranché, aucune conclusion ne peut être tirée sur le bien-fondé des accusations.

Deux textes au cœur des critiques

La suspension de l'accès aux réseaux sociaux, en vigueur depuis février, est le premier point de friction. Justifiée par les autorités par des motifs d'ordre public, elle est contestée devant les juridictions gabonaises par plusieurs requérants, dont l'ancien Premier ministre lui-même avant son incarcération.

La réforme du code de la nationalité constitue le second. Adoptée par voie réglementaire, sans débat parlementaire, elle introduit notamment la possibilité de retirer la nationalité pour des « activités subversives et déstabilisatrices ». La formulation, jugée large par des juristes, est au centre des critiques : la définition des faits visés relève dans une large mesure de l'appréciation administrative.

Les défenseurs du texte y voient un outil de protection de la souveraineté nationale, dans un pays où la question de l'accès à la nationalité est un débat ancien.

Une tendance régionale

Le cas gabonais s'inscrit dans un mouvement plus large observé en Afrique centrale, où plusieurs États ont resserré, ces derniers mois, le cadre d'exercice de l'opposition, de la presse ou de l'expression en ligne, au nom de la stabilité. Les Nations unies ont relayé au printemps des constats convergents sur le rétrécissement de l'espace civique dans la sous-région.

Cette évolution intervient alors que plusieurs pays de la zone abordent des échéances électorales ou sortent de transitions politiques dont les règles restent discutées. La superposition des deux calendriers — judiciaire et électoral — nourrit mécaniquement la suspicion.

Pour Libreville, l'enjeu dépasse la seule affaire Bilie-By-Nze : il porte sur la crédibilité du récit de refondation institutionnelle mis en avant depuis 2023, et sur la capacité des juridictions à démontrer leur indépendance dans un dossier à forte charge politique.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV