LE SAHEL TVL’info africaine 24h/24
← Retour à l’accueil
Économie

CEMAC : la BEAC portera à 50 % en 2027 le rapatriement des devises du secteur extractif

Salle de marchés et écrans de cotation, illustration générique

La Banque des États de l'Afrique centrale a programmé un relèvement en deux temps du taux de rapatriement des devises issues des activités extractives : de 35 % aujourd'hui à 50 % au 1er janvier 2027, puis à 70 % au 1er janvier 2028. L'objectif affiché est de reconstituer les réserves de change de la sous-région, alors qu'une part importante des recettes d'exportation demeure hors de portée de l'institut d'émission.

Un dispositif ancien, appliqué par paliers

La réglementation des changes de la CEMAC impose depuis 2019 aux entreprises exportatrices de rapatrier une fraction de leurs recettes en devises sur des comptes ouverts dans la sous-région. Le secteur extractif — pétrole, gaz, mines — a bénéficié d'un régime dérogatoire et d'un calendrier d'application étalé, en raison du poids de ses engagements en devises et des contrats signés antérieurement.

Le relèvement programmé revient à réduire cette exception. À 70 % en 2028, le taux applicable aux extractives se rapprocherait de celui des autres secteurs, sans l'atteindre entièrement.

La BEAC dispose depuis plusieurs années d'un dispositif de suivi des opérations d'exportation. La question de l'application effective des obligations, plus que celle du niveau du taux, constitue le véritable enjeu du dossier.

Des milliards de FCFA hors de portée

L'institut d'émission a lui-même reconnu qu'un volume estimé à plusieurs milliers de milliards de FCFA de recettes d'exportation échappait encore à son champ effectif de contrôle, du fait de comptes détenus à l'étranger, de mécanismes contractuels de garantie ou de flux non déclarés. C'est précisément cette masse que le relèvement du taux vise à ramener progressivement dans le circuit régional.

Les réserves de change de la CEMAC déterminent la capacité des six États à financer leurs importations et à soutenir la parité fixe du franc CFA de la zone avec l'euro. Leur niveau, exprimé en mois d'importations, est l'un des indicateurs les plus surveillés dans les revues menées avec les partenaires financiers.

Le contexte régional est tendu : l'encours des titres publics de la CEMAC a franchi le seuil des 10 000 milliards de FCFA au premier semestre 2026, et les taux exigés par les investisseurs sur le marché sous-régional se sont tendus.

Les objections du secteur privé

Les entreprises extractives font valoir la structure de leurs coûts : équipements importés, services spécialisés facturés en devises, remboursement de dettes contractées à l'étranger. Un rapatriement plus large les obligerait, selon elles, à repasser par le marché des changes régional pour racheter les devises nécessaires, avec des délais et des coûts de transaction supplémentaires.

Certaines craignent également un signal négatif adressé aux investisseurs à un moment où plusieurs pays de la zone cherchent à attirer des capitaux dans les hydrocarbures et les mines. Les autorités monétaires répondent que la mesure ne modifie ni la fiscalité ni les conditions d'exploitation, et qu'elle ne fait qu'appliquer une règle commune.

Le calendrier retenu — deux paliers annuels — traduit un compromis. Il donne aux opérateurs le temps d'ajuster leurs circuits financiers, tout en fixant une trajectoire dont la BEAC entend faire un point de non-retour.

⚠️ Article rédigé par la rédaction de Le Sahel TV